S'il y a bien une chose qui horripile l'exécutif tricolore ces jours-ci, c'est la comparaison entre la débâcle américaine en Afghanistan et la déconfiture française en cours au Sahel. "Rien à voir", balaie-t-on en substance à l'Elysée. Dès 2012, pourtant, à l'aube de l'intervention militaire française au Mali pour stopper la progression des djihadistes, le parallèle n'embarrassait guère Laurent Fabius : "Nous avons eu l'Afghanistan, il ne faut pas qu'il y ait de Sahelistan", justifiait à l'époque le chef de la diplomatie française.

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Quelques mois plus tard, en janvier 2013, l'opération Serval est lancée. François Hollande assure alors que "la France n'a pas vocation à rester". Neuf ans ont passé. Serval est devenue Barkhane, une machine à 1 milliard d'euros par an pour 5 000 hommes sur le terrain. Deux de ses trois pays cibles (Mali, Burkina Faso, Niger) sont désormais dirigés par des putschistes applaudis par une partie de la rue, de plus en plus hostile à la France. Et les groupes armés font toujours davantage de victimes civiles.

De la violence terroriste à l'insurrection

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Plus que jamais, Paris veut se faire discret, d'où la réduction des effectifs de Barkhane annoncée en juin dernier. Mais l'Elysée est contraint d'accélérer la cadence, après l'expulsion le 2 février de l'ambassadeur français à Bamako, à l'issue d'une série de fâcheries. Les scribes du président ont dû plancher sur les bons éléments de langage pour surmonter ce camouflet. Le nouveau cap ? Marteler que la "réorganisation" de Barkhane était prévue et vendre l'extension du domaine de la lutte antiterroriste pour "aider" les Etats du littoral ouest-africain. Bref, quitter le Mali pour se redéployer ailleurs. Mais à quoi bon ?

Certes, les djihadistes sahéliens, divisés en groupes aux objectifs divergents, n'ont pas l'assise des talibans ; Bamako n'est probablement pas aussi vulnérable que Kaboul, et le départ des Français du Mali se veut "concerté" avec les partenaires européens. Mais, à l'image de l'Afghanistan, le spectre du chaos plane au Sahel. Et une impression demeure : qu'à Paris comme à Washington, les gouvernements successifs sont passés à côté du sujet. "Le cas afghan nous montre que, lorsque la violence terroriste se mue en insurrection, il faut trouver une sortie politique et non pas militaire", lâche un colonel français. L'entourage d'Emmanuel Macron assure que l'avenir consistera d'abord à renforcer - dans les pays côtiers notamment - l'administration politique des zones à risque pour contrer des groupes armés, dont certains proposent une alternative à l'Etat. L'histoire dira si la leçon de Kaboul a été retenue.