On ne se battra pas place de la Concorde, à Paris. Marcel Campion a encore gagné: il ne sera pas obligé de démonter sa grande roue sans aucune compensation. Pour calmer le jeu, après quinze jours de pantalonnade, de menaces et de désobéissance civile, la mairie de Paris rachèterait le manège entre 2 et 3 millions d'euros. Ainsi, les pouvoirs publics ont cédé une nouvelle fois devant le vieux forain. Comme en Corse pour les paillotes, force n'est pas restée à la loi. Bel exemple pour les banlieues, le fait accompli a primé.

Après avoir joué les mécènes de la lutte contre le cancer, Campion en avait appelé au peuple parisien pour qu'il vienne défendre, le 13 janvier, ce superbe jackpot de 560 tonnes de ferraille blanche. Certes, la justice l'avait astreint à payer 15 000 euros d'amende par jour de retard du démontage de la roue. Une opération prévue, à l'origine, pour le début de janvier. Impavide, Campion continuait de réclamer à titre de compensation (inscrite on ne sait où par on ne sait qui) l'attribution d'un nouvel emplacement prestigieux pour sa grande roue. Vingt-quatre heures après, le leader forain avait sorti les griffes. En avertissant ses amis qu'ils auraient peut-être à faire le coup de poing contre un éventuel démontage par la mairie de Paris.

On pourrait en rire. Ce serait oublier que l'histoire de Marcel Campion est une succession d'épreuves de force et de faits accomplis. En juin 1983, ses troupes investissent le Champ-de-Mars, où elles se battent contre les CRS. En échange de leur départ, les forains obtiennent le rétablissement de la vieille fête à Neu-Neu. Le 2 décembre 1985, Campion occupe les Tuileries après avoir obtenu l'ouverture des grilles en imitant la signature de Jack Lang, alors ministre de la Culture! Il n'en sortira plus. En avril 1987, il dévaste la place Stanislas, à Nancy, pour obtenir un alignement de la TVA foraine sur celle des parcs d'attractions. Le plus déroutant, là-dedans, est l'étrange complaisance qui n'a cessé d'entourer pendant des années cet ancien élu national du RPR, tant de la part des pouvoirs publics que de la mairie de Paris, de Jacques Chirac à Jean Tiberi. Aujourd'hui, Campion chante les louanges de Bertrand Delanoë. Tournez, manèges!