«C'est un comble! Nous nous battons pour préserver la qualité de l'eau et la mairie nous coupe le robinet!» Dès le 18 novembre, la famille de Dominique Le Mignon et dix autres foyers de la commune de Lannilis (Finistère) n'ont soudain plus disposé que d'un filet d'eau pour leur consommation domestique. «Impossible de faire tourner une machine à laver, de prendre une douche normale. Juste de quoi se brosser les dents», déplore ce père de cinq enfants. Raison de cette mise au régime sec? Après une lettre de rappel datée du 4 novembre, le maire, Jean-Louis Kerboull, a décidé de réduire la pression d'arrivée d'eau à tous ses administrés n'ayant pas acquitté leur facture annuelle.

Parmi les «punis»: les membres de l'association Kan an Dour (Le chant de l'eau). Ces derniers déduisent une partie du montant de leur facture, pour protester contre la mauvaise qualité de l'eau fournie par la régie municipale. «Certains ont retenu 1 euro symbolique, d'autres 15 euros, ce qui correspond à la taxe contre la pollution de l'eau comprise dans la facture, indiquent les membres de l'association. En Bretagne, la pollution provient essentiellement des nitrates, du lisier rejeté par les élevages porcins, et c'est le pollué qui paie pour les pollueurs!» Ce mouvement de contestation, baptisé «opération Nénuphar», est actuellement suivi par 500 familles dans la région. Les sommes déduites sont versées sur un compte bloqué. «Elles seront restituées lorsque nous verrons une amélioration de la qualité de l'eau au niveau local et régional», promettent ces consommateurs en colère. A leurs yeux, ces sommes représentent une part très minime du budget annuel que les familles sont obligées de consacrer à l'achat d'eau en bouteille: «Environ 300 euros», précise Dominique Le Mignon.

«Mon devoir est de veiller à ce que les rentrées d'argent de la commune soient respectées», réplique Jean-Louis Kerboull, premier maire à couper l'eau aux Nénuphars. Dans une région où 53% des consommateurs déclarent ne jamais boire l'eau du robinet.