Inefficace, voire dangereuse: les ronfleurs qui espéraient guérir grâce à la chirurgie vont être déçus. Une étude espagnole parue dans la dernière publication de la Société européenne de pneumologie montre, en effet, de façon très claire que, chez les patients qui souffrent d'apnée du sommeil, une cause majeure de ronflement, le problème est fonctionnel, non morphologique. Une intervention chirurgicale comme l'ablation de la luette, pourtant recommandée par de nombreux praticiens, n'aura donc aucune action sur les causes réelles de cette pathologie. C'est l'équipe du Dr Juan, de l'hôpital de Valence (Espagne), qui a réalisé cette première. Grâce à l'IRM (imagerie par résonance magnétique), elle a observé les mouvements du pharynx de 17 patients endormis et souffrant d'OSA - sigle américain pour «apnée obstructive du sommeil». A raison d'un cliché tous les huit dixièmes de seconde, l'expérience a permis de montrer des variations considérables de la dimension du vélopharynx, la région la plus étroite des voies respiratoires, qui se situe à la hauteur du voile du palais. En pratique, chez un sujet sain éveillé, la différence entre l'ouverture maximale et l'ouverture minimale ne dépasse pas 12%. Mais, chez les patients souffrant d'OSA, elle atteint 57% - et même 85% quand ils sont endormis! Conséquence immédiate: l'air passe mal dans ce «tuyau» rétréci, les parois vibrent et le ronflement se fait sonore. Pis, le souffle devient anormal, les pauses respiratoires sont de plus en plus nombreuses - jusqu'à 15, voire 35 arrêts en une heure! Le patient passe une partie de sa nuit en micro-éveils pour se lever épuisé. Quant à son entourage immédiat, il n'est guère en meilleur état le lendemain matin... De 3 à 4% de la population adulte serait ainsi concernée, soit 1 ronfleur sur 10, et, chez ces personnes, la chirurgie aboutit effectivement à un échec «dans 85% des cas», reconnaît le Pr Bernard Meyer, chef du service ORL de l'hôpital Saint- Antoine, à Paris. Seule solution, alors: un masque à porter toute la nuit durant, relié à un compresseur, qui envoie de la pression dans le nez. Pas très élégant, ce masque demeure néanmoins la seule solution pour assurer la tranquillité de son voisin de lit...