Je suis pour un dépistage proposé et non imposé. Imaginons une femme de 34 ans qui donne naissance à un enfant mongolien. Ce drame aurait-il pu être évité? Oui, dans deux cas sur trois. Il existe aujourd'hui, en effet, une possibilité de dépistage en deux temps. Une simple prise de sang à la mère, donc un examen bénin, à trois mois de grossesse, évalue le risque statistique. Si celui-ci est élevé, l'amniocentèse, pratiquée chez 5 à 7% de ces femmes, permet de diagnostiquer l'anomalie dans les deux tiers des cas. La situation est actuellement très injuste, puisque, en cas de prise de sang montrant un risque, l'amniocentèse proposée coûte 2 500 francs à la patiente. Alors que le remboursement par la Sécurité sociale est prévu pour les femmes de plus de 38 ans, qui courent des risques identiques. Actuellement, 30% seulement des cas de trisomie sont diagnostiqués. Les gynécologues, confrontés quotidiennement à cette injustice, ont alerté les pouvoirs publics. Nous avons écrit, en décembre 1991, au ministre concerné pour l'avertir qu'après la naissance d'un enfant trisomique il pourrait lui être reproché de n'avoir pas mis en place des examens disponibles. Un parallèle pourrait même être établi avec certaines victimes du sida. Il faut que le test sanguin et l'amniocentèse soient pris en charge par la Sécurité sociale. Cela a déjà été envisagé, pour un coût très supportable, sans commune mesure avec celui que représente cette affection. Ainsi, le test pourra être proposé, dans un premier temps, aux femmes de 30 à 38 ans, avec - c'est essentiel - toutes les informations sur les questions posées par les résultats. Le Comité d'éthique se déclare opposé à un dépistage de masse systématique, c'est-à-dire obligatoire. Aucune personne n'a sérieusement demandé que ces examens soient obligatoires. Mais le comité ne s'est pas prononcé contre les tests sanguins sous certaines conditions (information de la patiente et laboratoires agréés). Ainsi, la voie est ouverte pour un dépistage non imposé. La balle est dans le camp des pouvoirs publics. PHOTO: Le Pr Michel Tournaire, de l'hôpital Saint-Vincent- de-Paul, à Paris.