Il existe aujourd'hui des tests sanguins, dits HCG, permettant de définir une population de femmes, même jeunes, qui sont exposées à un plus grand risque de trisomie. Le Comité d'éthique a été saisi pour savoir s'il était souhaitable de pratiquer systématiquement ce test sur les femmes enceintes. Ce qui supposerait de lancer une campagne dont le but à long terme serait l'éradication de la trisomie 21. Le comité s'est prononcé contre un dépistage obligatoire et généralisé, en demandant que celui-ci soit proposé, mais pas imposé. D'abord, pour des raisons techniques. Le test, en effet, n'est pas totalement fiable: il ne détecte qu'environ 70% des grossesses trisomiques. Il apparaît donc comme impossible de lancer une campagne fondée sur un examen qui laisserait passer près de 30% des grossesses trisomiques. L'éradication ne pourrait par conséquent se faire aujourd'hui qu'en recourant systématiquement à l'amniocentèse chez la totalité des futures mères. Il s'agirait d'une pratique dangereuse, car cet examen provoque des complications et des avortements dans près de 1% des cas. Ensuite, ce n'est en aucune manière à l'Etat de décider d'éradiquer la trisomie 21. Une telle mesure reviendrait à stigmatiser et à marginaliser encore plus les familles qui élèvent des enfants trisomiques. Il faut laisser la liberté aux parents de ne pas savoir, si tel est leur choix. L'unique justification d'une telle campagne pourrait être économique. Mais décider, pour cette seule raison, de prendre des mesures d'ordre eugénique, c'est difficilement acceptable. Si l'on impose systématiquement ce dépistage, cela signifie que l'Etat considère qu'il ne souhaite plus la naissance de ce type d'enfants, parce qu'il estime impossible, pour lui, de faire face aux dépenses de santé liées au traitement de cette affection. Il s'agit là d'une responsabilité particulièrement redoutable. Cela a été pratiqué dans certains pays pour d'autres maladies. Mais, si l'on se lançait dans cette politique, il faudrait au moins s'en expliquer clairement, et, surtout, engager un large débat dans la population. PHOTO: Le Pr Axel Kahn, membre du Comité national d'éthique.