Le 12 décembre 1999 restera toujours gravé dans la mémoire de Mustapha el-Ahmadi. Ce jour-là, trois semaines après sa naturalisation, cet athlète de 31 ans, qui, sans papiers, écuma durant sept ans les épreuves de course à pied à travers tout l'Hexagone, a revêtu pour la première fois le maillot de l'équipe de France et largement contribué à la médaille d'argent remportée par celle-ci lors des championnats d'Europe de cross-country. Le 18 mars, il représente à nouveau la France, à l'occasion des championnats du monde de la spécialité.

«Si j'ai choisi la France, c'est pour en honorer le drapeau», lance-t-il, un brin emphatique. De 1991 à 1998, comme beaucoup d'autres coureurs maghrébins, ce Marocain a vécu en situation irrégulière, en restant au-delà des trois mois auxquels son visa de tourisme lui donnait droit. Ce qui ne l'a nullement empêché, durant cette période, de souscrire une licence sportive auprès de clubs français - qui préféraient fermer les yeux - et de gagner à peu près sa vie grâce aux primes remportées lors des courses sur route auxquelles il participait. «Je respectais la loi, assure-t-il. C'était comme une partie de poker: si on m'avait attrapé, j'aurais dû quitter le pays. Mais je ne cherchais qu'à courir.»

En 1998, de nouveaux textes rendent plus difficile l'obtention d'une licence par les sportifs en situation irrégulière. Coup de chance: soutenu par les dirigeants de son club, l'AC Saint-Junien, Mustapha el-Ahmadi monte alors dans le train des «régularisations Chevènement». Il obtient une carte de séjour d'un an puis, en novembre dernier, sa naturalisation. «Le fait d'être athlète m'a beaucoup aidé, reconnaît-il. Cela m'a permis notamment de mettre en avant ma bonne intégration.» Une intégration qu'une nouvelle médaille, le 18 mars, rendrait encore plus éclatante.