Le 10 juin, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une proposition de loi reconnaissant officiellement la "guerre d'Algérie", jusqu'alors qualifiée d' "opérations effectuées en Afrique du Nord". Claire Mauss- Copeaux, historienne et auteur d'Appelés en Algérie. La parole confisquée (Hachette Littératures), réagit.

Pour les anciens combattants d'Algérie, quelle est la portée de cette reconnaissance? Pendant plus de trente ans, l'Etat leur a certes reconnu le statut d'anciens combattants, mais leur a refusé la possibilité de mettre un nom sur ce qu'il leur avait demandé de faire. Qu'ils regrettent la perte de l'Algérie française ou adhèrent aux accords d'Evian, tous se sont retrouvés isolés dans une sorte de non-lieu historique, aux prises avec un passé traumatisant et jugé inutile. Il est juste qu'aujourd'hui leur sacrifice soit pleinement réhabilité dans la mémoire nationale.

Pourquoi avoir attendu si longtemps? Parler officiellement de «guerre» revenait à évoquer une période peu glorieuse de notre histoire, celle d'une guerre coloniale. Cette démarche n'était pas évidente, en particulier pour ceux qui, comme François Mitterrand, avaient exercé des responsabilités politiques à cette époque. Alors qu'aux Etats-Unis les enquêtes orales auprès des combattants ont suivi de près la fin de la guerre du Vietnam, en France elles sont peu nombreuses et commencent tout juste.

L'adoption de cette loi témoigne-t-elle d'une certaine pacification des mémoires?Sans doute, mais cela n'est qu'une première étape. Les tensions entre les dépositaires de la mémoire de la guerre d'Algérie - rapatriés, soldats du contingent, harkis, etc. - sont encore très vives. Concernant le problème d'une journée commémorative, par exemple, des associations telles que l'Union nationale des combattants d'Afrique du Nord ne veulent pas du 19 mars, jour anniversaire du cessez-le-feu de 1962, et pour le moment aucune date n'a pu être inscrite dans le calendrier national. Faudra-t-il attendre encore trente ans pour statuer à ce sujet?