Y a-t-il en France pour les femmes enceintes une médecine à deux vitesses, et ce uniquement pour des motifs idéologiques? Michel Tournaire, chef de service à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, à Paris, en est convaincu. En vingt ans, les naissances d'enfants trisomiques 21 (1 000 par an environ), la plus fréquente des anomalies génétiques, n'ont pas diminué malgré les progrès réalisables en la matière. «Pour toute femme enceinte, nous effectuons d'abord un simple test sanguin afin de déterminer si un risque d'anomalie existe. Au-dessus d'un certain seuil (1 pour 250), explique le Pr Tournaire, par ailleurs président du Collège national des gynécologues-obstétriciens, nous proposons une amniocentèse, sans jamais l'imposer.»
Ce prélèvement du liquide amniotique, qui n'est pas sans danger - dans 1% des cas, il provoque un avortement - est fiable à 99% et permet d'éviter 400 naissances de trisomiques par an. Après 38 ans, cet examen est gratuit; mais avant, c'est-à-dire pour trois naissances sur quatre aujourd'hui, il coûte 2 500 francs. Le Comité d'éthique s'est pourtant déjà élevé contre une telle discrimination et aucun argument économique ne peut justifier cette situation: trois jours de prise en charge d'un enfant trisomique en institution spécialisée reviennent aussi cher qu'une amniocentèse.
Hervé Gaymard vient de désigner comme expert le Pr Mattei, député UDF, qui devra remettre son rapport en mars 1997. Or ce dernier, seul contre tous, s'est déjà prononcé contre tout remboursement avant 38 ans. Le Premier ministre, Alain Juppé, semble en revanche vouloir une réforme qui supprime toute discrimination...