Un an après le début de la présidence de Joe Biden, Donald Trump conserve le contrôle du parti républicain. Des millions d'Américains croient, comme il l'affirme de façon mensongère, que l'élection lui a été volée. Dans certains Etats, les élus trumpistes préparent le terrain pour troubler la prochaine élection présidentielle. Et Joe Biden est si impopulaire que Trump ou l'un de ses acolytes pourrait bien reconquérir la Maison-Blanche en 2024 sans avoir à tricher.

Les démocrates ont donc besoin de toute urgence d'un plan pour défendre les institutions démocratiques du pays. En commençant par faire adopter un projet de loi qui permettrait de préserver l'intégrité de la prochaine élection. Mais sur le fond, l'essentiel est assez simple à résumer : Biden doit gagner l'élection de 2024, de préférence avec une marge qui ne souffre pas de contestation possible.

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Comment peut-il y parvenir ? C'est là toute la question. Les chances de Biden d'être réélu dépendront fortement de l'état de l'économie et de l'évolution de la pandémie. Du fait des contraintes qui pèsent sur son exécutif - et la perte probable du Congrès lors des élections de mi-mandat l'année prochaine -, il ne peut pas faire grand-chose pour influencer l'un ou l'autre.

Un autre domaine influe aujourd'hui fortement : celui des questions culturelles. L'électeur d'aujourd'hui ne se contente plus de demander comment va l'économie ; il s'intéresse tout autant, sinon plus, aux valeurs des candidats politiques. Or si, sur ce registre, les républicains ont un sérieux problème - la plupart des Américains n'aiment pas le sectarisme et le narcissisme de Donald Trump -, les démocrates sont aussi mal partis. Comme le montrent de nombreux sondages d'opinion et un enchaînement de défaites électorales douloureuses, ils sont de plus en plus perçus comme déconnectés de l'Américain moyen.

Un début d'explication est à chercher dans l'image du parti, qui est dominée par ses élus les plus extrêmes. Lesquels bénéficient d'une attention démesurée tant sur les réseaux sociaux que dans les médias traditionnels. Bien que peu de dirigeants démocrates se disent "socialistes", un quasi gros mot outre-Atlantique, ceux qui revendiquent cette étiquette font tellement de bruit qu'ils semblent constituer le coeur battant du parti. Loin de Berkeley et de Brooklyn, cet effet grossissant nuit gravement à la force d'attraction électorale du parti.

Surtout, les démocrates n'ont pas su se défaire de leur image de représentants de l'establishment américain, et ce, alors même que cet "establishment" s'est lancé dans une surenchère identitaire profondément impopulaire dans le pays. Des écoles privées d'élite séparent les élèves en groupes distincts selon la couleur de leur peau. Les grands journaux sont complices du licenciement ou de la mise à l'index de personnes respectables qui se retrouvent accusées sans aucun fondement d'avoir offensé la sensibilité de l'élite. Les centres de contrôle des maladies en sont même venus à recommander de ne pas désigner les personnes âgées comme prioritaires pour les vaccins parce que beaucoup d'entre elles sont blanches.

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En 2020, Biden avait réussi à convaincre de nombreux Américains inquiets de cette idéologie désormais dominante comme du populisme de Trump. Il avait osé critiquer ces courants de pensée à la mode qui ont pris l'ascendant dans certains segments de son parti, s'attirant l'hostilité féroce de militants bruyants sur les réseaux sociaux. Cette attitude l'avait installé dans l'opinion comme un démocrate à l'ancienne qui gouvernerait en politique modéré.

Beaucoup de ses électeurs, désormais, ne le perçoivent plus de la même manière. Ils doutent que Biden en fasse assez pour empêcher que ceux que l'historienne et journaliste Anne Applebaum a appelé "les nouveaux puritains" mettent la main sur les institutions les plus importantes du pays. Si le président lui-même n'est peut-être pas "woke", ses alliés politiques sont considérés comme les têtes de pont de cette idéologie dans les écoles publiques et les universités privées, dans les fondations de renom et même dans les grandes entreprises. Biden doit rectifier le tir. Sinon, il échouera à conserver la présidence - et sauver le pays de la menace Trump.