"Make our planet great again !" Quatre ans après avoir été prononcée par Emmanuel Macron au lendemain du retrait américain de l'accord de Paris, la "punch line" du président français a fini par prendre tout son sens. Et apparaît comme quelque chose d'un peu plus intéressant qu'un simple coup de com' destiné à prendre le contre pied de Donald Trump. La semaine dernière, en tout cas, le représentant spécial de Joe Biden pour le climat, John Kerry, est venu dire au locataire de l'Elysée que, sur ce sujet, il le considérait comme un interlocuteur privilégié.
En 2017, John Kerry avait qualifié de "honte", la décision de Donald Trump de retirer son pays de l'Accord de Paris, et de n'envoyer, dans la capitale française pour le "One Planet Summit", qu'un chargé d'ambassade. "C'est une honte, si vous regardez les faits, la science, le bon sens, tout le travail qui a été fait", s'était alors emporté l'ancien secrétaire d'État américain. L'accord de 2015 contre le réchauffement "ne s'est pas fait en un an à Paris. Ce sont 26 années de travail déshonorées par des gens qui ne comprennent rien à la science"

Emmanuel Macron au "One Planet Summit", à New York, en 2018.
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Une certitude: il n'est pas anodin que la première visite d'un membre de la nouvelle administration américaine à l'étranger passe par Paris (et non Berlin), après avoir fait escale à Londres et à Bruxelles où le francophone Kerry a annoncé la réévaluation des ambitions environnementales de Washington. Tout aussi significatif est le fait que l'entretien d'une heure à l'Elysée ait porté exclusivement sur le réchauffement climatique, sans digression sur d'autres enjeux internationaux, comme l'Iran ou la Chine, sur lesquels Kerry -qui fut Secrétaire d'Etat sous Obama- est pleinement qualifié.
Il faut donc croire qu'au-delà de la campagne électorale, Joe Biden prend la question au sérieux. Et que, après quatre années de sabotage écologique trumpien, une dynamique écologique franco-américaine est en marche, dans le cadre des engagements multilatéraux prévus dans l'accord de Paris.
Au One Planet Summit organisé par la France en janvier dernier, succédera un "sommet climat" virtuel présidé par Joe Biden le 22 avril. Et cela, dans la perspective de la COP26 prévue à Glasgow (Royaume-Uni) en novembre prochain. D'ici là, il s'agit de créer un effet d'entraînement international à travers différents forums - Union européenne, G7, G20 ou encore Union africaine- afin de "faire la différence" durant la décennie 2020-2030 considérée comme cruciale par les deux parties.

Le président américain Joe Biden signe le plan de relance de l'économie dans le Bureau ovale le 11 mars 2021
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Toutefois, aucun sommet ni initiative particulière n'a la moindre chance de débouchera sur du concret sans l'implication du secteur privé : entrepreneurs, innovateurs, banquiers, financiers... "C'est là qu'entrent en scène les Américains, excellents lorsqu'il s'agit de générer du business", note, à Washington, Bertrand Badré, lui-même à la tête du fonds d'investissement responsable Blue Like an Orange Sustainable, axé sur le développement durable. "A l'instar des démocrates aux Etats-Unis, qui misent sur le plan Biden de modernisation des infrastructures et des énergies propres, il faut regarder la question climatique de manière positive", ajoute cet ancien directeur général de la Banque mondiale. Selon ce proche du président de la République (Macron a préfacé l'un de ses récents livres) qui vit aux Etats-Unis, "le changement climatique est peut-être la plus grande opportunité de business de ce siècle". Reste à convaincre ceux qui, au sein du patronat hexagonal, en douteraient encore.
