La qualité de l'air s'est nettement améliorée en dix ans, mais des progrès restent à faire. Selon une étude réalisée par l'Observatoire régional de la santé (ORS) d'Ile-de-France, en collaboration avec Airparif, publiée ce jeudi, des milliers de morts ont pu être évités en 10 ans. Ainsi, le nombre annuel de décès attribuables à l'exposition prolongée aux particules fines PM2,5, un des principaux polluant de l'air, est passé de 10 350 à 6 220, et a donc baissé de 40 %, précise le communiqué de l'étude, ce qui correspond à un gain moyen d'espérance de vie de près de 8 mois en moyenne par habitant en Île-de-France. Trois polluants de l'air sont particulièrement observés et suivis : les particules fines, le dioxyde d'azote et l'ozone.
Mais des progrès restent à faire. Si la France mettait en oeuvre des mesures permettant d'atteindre les seuils limites fixés par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en termes de polluants de l'air, environ 7 900 décès prématurés pourraient être évités chaque année en moyenne en Île-de-France, soit la "quasi-totalité des décès attribués à la pollution de l'air", précise à L'Express Sabine Host, chargée d'études au pôle Santé et Environnement de l'Observatoire régional de la santé (ORS).
L'Express : Grâce à quelles mesures la qualité de l'air s'est-elle améliorée en Ile-de-France ?
Sabine Host : Cette amélioration de la qualité de l'air a été atteinte grâce aux mesures qui ont permis de mettre en place des baisses liées au trafic routier, avec notamment une modification de la motorisation et le renouvellement du parc automobile avec des normes de plus en plus sévères qui imposent d'émettre moins de particules. Mais aussi des mesures autour de tout ce qui est lié aux émissions du bâtiment, comme les chauffages. Ce sont les deux secteurs principaux émetteurs.
L'étude pointe que les améliorations sont toutefois insuffisantes, pourquoi ?
En septembre 2021, l'OMS a communiqué de nouvelles recommandations sur la qualité de l'air en estimant que les effets de la pollution sur la santé interviennent à des niveaux plus faibles que ce l'on pensait. L'organisation a alors révisé ses seuils de référence relatifs à la qualité de l'air pour deux polluants : le seuil acceptable des particules fines présentes dans l'air est ainsi passé de 10 µg/m3 à 5 µg/m3, il a donc été réduit de moitié. Pour le dioxyde d'azote, le seuil a été abaissé de 40 µg/m3 à 10 µg/m3. En ce qui concerne l'ozone, l'OMS a également émis des niveaux moyens annuels, et recommande 60 µg/m³ par pic saisonnier, c'est une nouveauté. Car l'exposition prolongée à l'ozone engendre un risque accru de décès.
Si on respectait ces seuils, on pourrait éviter un certain nombre de décès : 7 900 décès prématurés chaque année en moyenne en Île-de-France. Ce dernier provient de sources de pollution différentes et pas seulement sur les sources qui permettent de diminuer la présence de particules fines. Son impact est davantage marqué en périphérie à l'inverse des deux autres polluants observés. Et c'est le seul polluant sur lequel on n'observe pas de baisse, notamment à cause d'éléments liés au changement climatique, comme les étés toujours plus chauds. Mais selon l'OMS, si les seuils étaient respectés, la quasi-totalité des décès attribués à la pollution de l'air pourrait être évités.
Comment lutter concrètement contre cette pollution atmosphérique ?
En ce qui concerne l'ozone, il faut donc agir globalement sur le changement climatique, mais pas seulement à l'échelle de l'Ile-de-France, ou même de la France. Par ailleurs, pour les particules fines et le dioxyde d'azote, il faut poursuivre les efforts sur les secteurs les plus émetteurs, à savoir le trafic routier et le bâtiment. Ce qui veut dire réduire le nombre de vieux véhicules et réduire le trafic en faisant des efforts sur la mobilité active, les transports en commun.
En ce qui concerne le bâtiment, il faut les rendre plus performants en termes de chauffage. Le plus gros problème, c'est le chauffage au bois avec un système peu performant et très lourd en termes d'émissions de particules. On peut également évoquer l'agriculture comme domaine d'amélioration, travailler sur un système agricole qui permet de réduire les émissions. Il faut donc agir sur tous les secteurs, car ce n'est pas seulement une mesure qui va régler le problème, sachant que le polluant qui a le plus d'impact sur la santé, sont les particules fines. Selon une évaluation annuelle de Santé publique France, 40 000 décès prématurés par an sont attribués aux particules fines.
