C'est une catastrophe écologique qui pourrait bien se dessiner à proximité de l'Île Maurice. Les autorités mauriciennes ont annoncé jeudi que des hydrocarbures s'écoulaient d'un vraquier échoué sur un récif depuis la fin juillet sur la côte sud-est de l'île.
Dimanche soir, la petite nation de l'Océan Indien se préparait au pire. Les équipes d'intervention sont provisoirement parvenues à bloquer la fuite d'hydrocarbures qui se déversaient depuis plusieurs jours de la cale du bateau. Mais le risque que le vraquier se brise tout simplement en deux était grandissant. "Les fissures se sont creusées. La situation est encore pire", a déclaré à la presse le Premier ministre mauricien Pravind Jugnauth.
Que se passe-t-il ?
Le MV Wakashio, un vraquier, un navire destiné au transport de marchandise solide, s'est échoué sur la pointe d'Esny, au sud-est de l'Île Maurice. Une coulée noire s'échappant du navire depuis le 25 juillet pouvait être observée jeudi, après qu'il a commencé à s'affaisser sur l'arrière et à prendre l'eau. Le bateau, appartenant à un armateur japonais mais battant pavillon panaméen, voyageait à vide mais transportait 200 tonnes de diesel et 3 800 tonnes d'huile lourde, selon la presse locale. Son équipage a été évacué.
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Selon les ministres de l'Environnement et de la Pêche mauriciens, toutes les tentatives pour stabiliser le navire ont échoué en raison des mauvaises conditions en mer. Les efforts pour pomper les hydrocarbures se sont également jusqu'ici révélés infructueux.
Ce dimanche, la police mauricienne avait prévu d'aborder le vraquier Wakashio afin d'étudier le meilleur moyen d'évacuer sa cargaison de carburants et d'éviter une pollution d'envergure. Dans l'attente d'une intervention de la police, des centaines de volontaires se sont pressés sur la côte pour la protéger du carburant s'échappant du Wakashio.
Où s'est-il échoué ?
La pointe d'Esny, est une zone humide classifiée Ramsar, comme le parc marin de Blue Bay proche et lui aussi menacé. Les sites Ramsar, du nom de la convention de Ramsar du 2 février 1971, désignent une "zone humide d'importance internationale". Ces sites doivent répondre à un ensemble de critères, tels que la présence d'espèces vulnérables de poissons et d'oiseaux d'eau.
La classification n'impose pas de protection réglementaire, mais pour pouvoir être désigné Ramsar le site doit déjà être protégé par une législation nationale. Un site Ramsar établit simplement la reconnaissance internationale de l'importance de la zone humide. La pointe d'Esny et le parc marin e Blue Ba ont été protégés par des systèmes antipollution, a précisé le ministère.
Quel est le risque ?
"Nous sommes dans une situation de crise environnementale", a reconnu en conférence de presse le ministre mauricien de l'Environnement, Kavy Ramano. "C'est la première fois que nous sommes confrontés à une catastrophe pareille et nous ne sommes pas suffisamment équipés pour traiter ce problème", a ajouté le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo.

Une photo satellite, prise le 7 août montrant le vraquier échoué à proximité de l'Île Maurice. De l'huile et du carburant s'échappent du navire et menacent les côtes et des aires protégées.
© / Handout / Satellite image ©2020 Maxar Technologies / AFP
Les écologistes craignent que le bateau ne finisse par se briser, ce qui pourrait entraîner une fuite encore plus importante d'hydrocarbures et des dommages colossaux en mer et sur le littoral. Très prisée pour ses lagons et ses plages paradisiaques, l'île Maurice est un haut lieu du tourisme international.
Sur le rivage, des dizaines de volontaires s'efforçaient ce dimanche de tresser des barrages flottants en chanvre et en tissu afin de circonscrire la nappe de carburant qui s'échappe du navire, échoué sur un récif à une centaine de mètres au large et dont la poupe est largement submergée.
À qui appartient le navire ?
La police a prévu de monter à son bord, avec le capitaine du navire - un Indien de 58 ans - afin d'en saisir tous les documents relatifs à sa navigation et notamment les enregistrements des communications avant le naufrage. Les vingt membres d'équipage du vraquier avaient pu être évacués sains et saufs après son accident. Le navire, sous pavillon panaméen, est la propriété d'un armateur japonais et est opéré par une autre société japonaise, Mitsui OSK Lines.
Un porte-parole de Mitsui avait indiqué à l'AFP à Tokyo que leurs efforts pour tenter d'évacuer la cargaison par hélicoptère s'étaient heurtés au mauvais temps, qui avait aussi empêché la mise en place d'un système flottant de retenue autour du navire.
Quelle a été la réaction de la France ?
Le gouvernement mauricien s'est notamment tourné vers les autorités françaises de l'île de la Réunion voisine pour obtenir de l'aide, a-t-il précisé.
La France a envoyé samedi des équipes et du matériel depuis La Réunion vers Maurice. "Nous déployons dès à présent des équipes et du matériel depuis La Réunion", a tweeté le président français, en notant que "lorsque la biodiversité est en péril, il y a urgence d'agir. La France est là. Aux côtés du peuple mauricien".
"Dès samedi, un avion tactique de transport militaire (Casa CN-235) transportant du matériel du matériel de lutte contre la pollution effectuera ainsi deux rotations à destination de Maurice. Un officier de liaison de la Marine nationale et le correspondant de la lutte contre une pollution maritime par hydrocarbures (Polmar) de La Réunion seront également présents à bord, afin d'apporter leur expertise technique et opérationnelle aux autorités mauriciennes", a indiqué la préfecture de la zone de défense et de sécurité du sud de l'océan indien dans un communiqué.
"Cet avion tactique transportera du matériel Polmar, dont notamment des barrages côtiers", a poursuivi la préfecture, en précisant que "le bâtiment de soutien et d'assistance outre-mer Champlain de la marine nationale transportant du matériel complémentaire (dont plusieurs types de récupérateurs ainsi que des barrages absorbants et hauturiers) appareillera également ce samedi afin de rejoindre rapidement Maurice". "Les autorités françaises restent attentives à l'évolution de la situation et soutiendront le gouvernement mauricien s'il en fait la demande", a encore indiqué la préfecture.
