2020, une année noire pour l'île Maurice. En plus de la mise à l'arrêt de l'économie liée au tourisme par la crise sanitaire, une marée noire est venue assombrir l'avenir de l'île paradisiaque de l'Océan indien, réputée pour sa barrière de corail colorée et son écosystème précieux. A 45 minutes à vol d'avion de là, l'île de La Réunion retient son souffle. Sera-t-elle épargnée par la catastrophe environnementale qui a déjà vu se déverser environ 1000 tonnes d'hydrocarbures dans le récif mauricien depuis le 25 juillet, jour où le vraquier s'est échoué ?

Alors que les autorités françaises se montraient rassurantes jusqu'ici, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu est finalement dépêché sur place pour "superviser le dispositif" de nettoyage des hydrocarbures. Il "fera également un point sur le dispositif antipollution mis en place et l'état d'avancement des opérations de pompage avec les équipes françaises mobilisées depuis La Réunion", selon son ministère. Il s'est dit inquiet pour les plages de La Réunion ce dimanche matin sur BFMTV alors que le navire responsable de la marée noire s'est brisé en deux au cours du week-end.

Pour Estelle Crochelet, vice-présidente de l'agence de recherche pour la biodiversité à La Réunion (Arbre), et chercheuse en écologie marine spécialisée dans les connexions marines entre les îles de l'Océan indien, c'est très difficile de pouvoir prévoir quels risques réels court l'île française.

L'Express. L'île de La Réunion sera-t-elle épargnée par la marée noire ?

Estelle Crochelet. C'est très difficile de prévoir ce genre de choses. Cela dépend à la fois des courants marins et du vent. Ce que l'on sait aujourd'hui, c'est que le courant sud équatorial emporte une grosse partie des hydrocarbures dans l'est du lagon de Maurice. Mais il n'est pas exclu qu'une partie soit emportée le long de la côte sud de l'île puis qu'elle poursuive sa course jusqu'aux côtes de l'île de La Réunion. On sait qu'il y a des connexions marines entre les deux. Les hydrocarbures pourraient ainsi être portés par les courants marins, et en surface par le vent et la houle.

L'île Maurice et l'île de la Réunion sont situées à 226 kilomètres l'une de l'autre

L'île Maurice et l'île de La Réunion sont situées à 226 kilomètres l'une de l'autre

© / Google Maps (Capture d'écran)

Quelles seraient les conséquences pour l'écosystème local ?

Dans un premier temps, c'est la côte est du littoral qui serait touchée en premier, très soumise à la houle et au vent. Elle abrite un écosystème sans barrière de corail, c'est un écosystème de roche lié aux coulées volcaniques colonisé par des coraux, donc on a un écosystème récifal et des poissons récifaux. La faune et la flore y sont très particulières du fait des coulées volcaniques.

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De l'autre côté, la côte ouest que l'on appelle "sous le vent", serait affectée en dernier. On y trouve une barrière de corail et donc des espèces très différentes comme des tortues, des maccabis, ou encore des baleines, d'autant que c'est la saison.

D'autre part, la marée noire pourrait aussi affecter des espèces en eau profonde qui sont moins sujettes au réchauffement climatique et capables de recoloniser les coraux. Mais si ces derniers sont colmatés, il ne pourra pas y avoir ce renouveau.

A partir de quand pourra-t-on estimer que la marée noire sera passée à côté de La Réunion ?

On sait qu'un bouchon emporté par le courant met entre trois et 11 jours à venir de l'île Maurice à la côte est de l'île de La Réunion mais il faut aussi prendre d'autres paramètres en compte comme la densité de la matière, la houle et le vent.

Même si c'est impossible d'être certain qu'on a été épargné, avec une marge d'erreur de dix jours, on peut estimer qu'après deux mois, s'il n'y a aucun signe de pollution, la marée noire est passée au sud et au nord de La Réunion sans atteindre ses côtes. Toutefois, nous ne sommes pas à l'abri de micropolluants qui eux aussi vont affecter l'écosystème.