Jusqu'à plus soif, elle a fidèlement transporté votre boisson, sans faire de vagues. Mais une fois son contenu vidé, la bouteille en plastique termine au tri sélectif. Claquement du couvercle, fin de l'histoire... pour le consommateur. Car pour le contenant, c'est plutôt le début d'une renaissance. Le polytéréphtalate d'éthylène (PET) qui le compose se recycle pour fabriquer une nouvelle bouteille et parfois même un textile synthétique, comme un pull en polaire.

Derrière la poubelle jaune, toute une filière travaille à donner cette deuxième vie au plastique. Notre bouteille jetée est ainsi transférée par camion-benne dans un centre de tri, voyageant avec divers emballages recyclables. Sur place, elle y est regroupée avec toutes les autres, compactées - étiquettes et bouchons inclus - en d'énormes cubes, plus faciles à transporter vers l'une des sept usines de recyclage françaises et leurs 400 salariés.

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Les cubes de bouteilles compactées, à l'arrivée dans l'usine de recyclage.

© / Infinéo / Plastipak / CCEP

La plus grande installation du genre, située à Sainte-Marie-la-Blanche, près de Beaune (Côte-d'Or), est baptisée Infinéo. Une coentreprise détenue par Plastipak, fabricant d'emballages, et Coca-Cola European Partners, premier embouteilleur mondial avec son célèbre soda et de ses autres boissons qui, ainsi, tente de compenser sa forte empreinte sur l'environnement.

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"Cette usine recycle 1,5 milliard de bouteilles par an, soit 1 sur 3 collectées en France, toutes marques confondues", explique Arnaud Rolland, directeur RSE (responsabilité sociétale et environnementale) de l'embouteilleur.

"Pour recycler, il faut trier, trier, et toujours trier"

La visite débute par l'arrière de l'imposant bâtiment, où des chariots élévateurs s'activent afin de décharger un camion rempli de cubes compactés. Empilés comme des briques, ils représentent le stock - 160 tonnes quotidiennes - pour nourrir l'usine qui fonctionne en continu. Déversées sur un grand tapis roulant, les bouteilles entament une longue métamorphose qui n'a rien de féerique !

Dans un vacarme assourdissant - et une forte odeur de détritus -, elles sont secouées sur un crible, de quoi les délester de leurs étiquettes. Commence alors la phase de tri automatisé, où des lasers infrarouges éliminent les flacons non conformes, ceux qui sont d'une autre matière que le PET ou d'une teinte contenant trop de colorants pour être recyclable. Les survivants, eux, se trouvent broyés en paillettes de moins de 1 centimètre.

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Voici ce qu'il reste des bouteilles broyées : des paillettes de plastique mélangées.

© / Infinéo / Plastipak / CCEP

Au fur et à mesure que nous progressons dans l'usine, la chaleur et l'humidité deviennent intenables. "C'est normal puisque les paillettes passent ici dans un immense lave-vaisselle à 80°C avec du savon, avant d'être rincées", précise Arnaud Rolland. Une nouvelle étape de sélection les sépare, sous la forme surprenante d'une piscine testant leur densité. "Les particules qui flottent sont celles qui sont issues des bouchons fabriqués avec une matière plus légère que le PET, et les autres coulent", poursuit le responsable. Comme pour un écrémage, il suffit de récupérer ces plastiques surnageant qui iront se faire traiter ailleurs, tandis que le reste de la cargaison passe sous plusieurs aimants destinés à retirer les débris métalliques éventuels.

Retour à l'état de granulé, l'ingrédient de base

"Pour recycler, il faut trier, trier, et toujours trier tout au long du processus", scande comme un mantra Arnaud Rolland. Dont acte : une fois sorti de sa piscine, le flux de paillettes est scruté par un nouveau laser ultrarapide qui détecte les impuretés invisibles à l'oeil nu. Enfin, la matière est fondue à 180°C en longs filaments, à l'image de spaghettis, puis hachée menu en granulés. Petite touche finale, les particules plongent dans un dernier bain de jouvence : 16 heures dans l'azote, pour une décontamination obligatoire.

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La machine qui fond le plastique sous forme de filaments s'appelle une extrudeuse.

© / Infinéo / Plastipak / CCEP

La bouteille entrée dans l'usine en ressort donc à l'état de granulés, ingrédients de base pour fabriquer de nouveaux objets en plastique. Idéalement, la fameuse boucle de l'économie circulaire se referme ici. Mais, en réalité, ces procédés de transformation confèrent une moindre résistance à la matière. Alors, la seule solution pour fabriquer de nouveaux contenants consiste à mélanger des granulés transformés à d'autres encore vierges. Autrement dit : ne faire qu'un recyclage partiel.

"Aujourd'hui, nos bouteilles intègrent 27 % seulement de PET recyclé, et nous visons l'objectif de 50 % en 2025, soit la limite pour conserver la même qualité d'emballage", reconnaît Arnaud Rolland.

Un objectif recyclage ambitieux

Le constat est identique dans les usines concurrentes. Sur son site de Lesquin (Nord), le groupe Roxane, qui détient 14 marques d'eau minérale, dont Cristaline, incorpore lui aussi 25 % de son propre recyclage au sein de ses bouteilles. "Nous utilisons le même procédé thermomécanique pour traiter le PET, le seul exploité et autorisé pour le contact alimentaire en France", confirme Agnès Jacquot, directrice RSE du groupe.

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Les granulés recyclés produits par l'usine, prêts à resservir à de nouveaux objets en plastique.

© / Infinéo / Plastipak / CCEP

Des proportions trop modestes ? Elles sont pourtant ce qui se fait de mieux, en l'état, dans la filière. "A l'échelle industrielle, le meilleur recyclage des plastiques demeure celui du PET, qui est loin d'être infini, commente la chercheuse Nathalie Gontard (Inra, UMR, IATE, université de Montpellier). Il réduit le problème global des déchets plastiques, mais, au final, n'en gère qu'une petite partie."

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D'autant que, à l'échelon national, la collecte reste très inégale et limite sévèrement les efforts. Y compris ceux du gouvernement, qui mise sur un objectif de 100 % d'emballages plastique traités d'ici à 2025. En l'état, sur 10 bouteilles en plastique jetées en France, seulement 6 sont correctement triées et alimentent ces usines de recyclage. Pis, à Paris ou à Marseille, ce chiffre dégringole à... 1. Autant dire une goutte de recyclage dans un océan de poubelles jaunes.