Vous êtes sévère avec les résultats de la COP 21. Pourquoi?

Actuellement, il n'y a pas d'engagement ferme des Etats, pas de traité. Aucun politique n'est rentré dans son pays en disant: "Maintenant, on va souffrir un peu pour améliorer le climat." Partout, on continue d'investir dans les centrales à charbon. La victoire, c'est que 195 pays et l'Union européenne se sont mis d'accord sur un objectif [NDLR: à Paris, en décembre 2015], mais, à partir du moment où l'Arabie saoudite et le Venezuela signent, vous savez que vous n'aurez pas de taxation du carbone.

NOTRE DOSSIER >> Jean Tirole, prix Nobel d'Economie 2014

3383 JEAN TIROLE, ECONOMISTE FANCAIS, PRIX NOBEL D'ÉCONOMIE 2014, PRÉSIDENT DE LA FONDATION JACQUES LAFFONT TOULOUSE SCHOOL OF ECONOMICS, PHOTOGRAPHIÉ, DANS SON BUREAU UNIVERSITAIRE, POUR L'EXPRESS (INTERVIEW DE CORINNE LHAIK) À TOULOUSE LE 19 AVRIL 2016.

Jean Tirole.

© / MICHEL LABELLE POUR L'EXPRESS

Pour vous, elle est indispensable?

Oui, c'est l'idée du pollueur-payeur, de la responsabilisation, comme pour le marché du travail. Il faut fixer un prix du carbone mondial. Il en existe un peu partout, mais ils sont trop faibles, sauf en Suède. Les experts le chiffrent à 50 euros la tonne de CO2, il faudra sûrement ajuster. Tous les pays devront payer, y compris ceux du Sud. Parce que leur développement est phénoménal, donc très polluant; parce que, sinon, les pays riches iront encore davantage produire dans le Sud. Mais, parallèlement, il faut créer un vrai fonds pour aider ces pays les plus pauvres.

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