Le bilan des crues exceptionnelles qui ont frappé des vallées des Alpes-Maritimes le 2 octobre a atteint 5 morts et 7 disparus, a annoncé ce mercredi le président de la République Emmanuel Macron, qui a dit sur place vouloir "recontruire très vite".
Les autorités évoquaient jusqu'à maintenant 4 morts, 8 disparus et 13 "supposés disparus" dans ces intempéries, qui ont fait aussi deux morts en Italie, dans le Val d'Aoste et le Piémont. "Le bilan humain est lourd et je veux, avant toute chose, avoir une pensée pour les familles des victimes", a déclaré le chef de l'Etat lors d'une allocution à Breil-sur-Roya, une des communes les plus touchées.
Plusieurs mesures
Après avoir rendu hommage aux victimes, le chef de l'État a détaillé de premières mesures, car "il va falloir reconstruire très vite". L'arrêté de catastrophe naturelle sera publié jeudi matin et concernera 55 communes du département, permettant d'ouvrir la voie aux indemnisations.
Le "Fonds d'urgence 06" sera alimenté par "un tour de table très large". Mais comme "on ne peut pas demander aux collectivités ni aux particuliers de se retrouver seul", l'État l'abondera de 100 millions d'euros dans un premier temps, puis des centaines de millions ensuite, a promis le président.
Le Fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit Fonds Barnier, sera également sollicité, comme des fonds européens. Quelque 50 millions d'euros ont déjà été mobilisés pour prendre en charge jusqu'à 80% des coûts des reconstructions des maisons.
Mais celles-ci devront l'être "de manière résiliente et durable, en limitant l'artificialisation des sols, en préservant les espaces naturels pour prévenir" les catastrophes, a insisté Emmanuel Macron.
"On mettra les moyens"
"On sera là" : mettant la main sur l'épaule d'habitants éprouvés et parfois en larmes, le président Emmanuel Macron a assuré ce mercredi que l'Etat mettra les moyens pour la reconstruction des zones dévastées. "On a eu la sensation d'être oubliés pendant 48 heures, faut pas nous oublier, faut refaire notre belle Roya et qu'on revive", lui lance une habitante en larmes à Tende, un village de 2000 âmes, accessible en hélicoptère uniquement depuis le déluge de vendredi soir. Emmanuel Macron lui met la main sur l'épaule: "On mettra les moyens, on sera là".
Quelques minutes plus tôt, la voix nouée, le maire de Tende Jean-Pierre Vassallo avait raconté au président le désastre lors des pluies torrentielles: "Le vendredi soir, c'était le cauchemar, les maisons tombaient les unes après les autres, on a évacué l'Ehpad, avec le personnel soignant, les pompiers, on a fait un véritable miracle".
La reconstruction des routes arrachées, des maisons éventrées et des réseaux d'adduction d'eau ou d'électricité endommagés pourrait coûter un milliard d'euros, a souligné le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier.
A Tende, commune de la vallée de la Roya parmi les plus touchées par ces intempéries hors normes, beaucoup parlent au président de l'urgence de rétablir la ligne de train alors que la route depuis Vintimille, sur la côte italienne, a été emportée à de nombreux endroits, ne laissant que des pointillés d'asphalte. "Dans les prochaines heures, on va rouvrir un accès (routier) par l'Italie. Après, le train, 4 ou 5 semaines, nous disent les techniciens (...) La route principale que vous connaissez, elle, ça va pendre des mois car il y a des ponts à refaire, je vais pas vous mentir", répond le chef de l'Etat.
"Pas reconstruire à l'identique"
"Aujourd'hui, on a signé l'arrêté de catastrophe naturelle, ça va permettre de déclencher des indemnisations", ajoute-t-il, en précisant que 80% du coût des maisons à reconstruire seront pris en charge. Mais, "on va pas reconstruire à l'identique, car il faut quelque chose de résilient", prévient Emmanuel Macron. D'autant qu'avec le réchauffement de la planète, ces épisodes de pluie extrêmes (dits "épisodes méditerranéens"), liés à des remontées d'air chaud et humide de la Méditerranée, risquent de devenir de plus en plus intenses, souligne Météo France.
Du côté du département des Alpes-Maritimes, on estime que 1500 acteurs économiques vont être mis en difficulté, dans des vallées vivant essentiellement du tourisme. "La reconstruction doit se faire vite, un an, deux ans maximum, pour tout rétablir", plaidait auprès de l'AFP mardi le président du département Charles-Ange Ginesy, expliquant qu'il demanderait 250 millions d'euros à l'Etat pour la prévention des risques.
Christian Estrosi, maire de Nice et président de la métropole niçoise, a de son côté annoncé qu'il demanderait au président de la République "la mise en oeuvre rapide" de dégrèvements d'impôts, de taxes et de cotisations pour "tous les particuliers et les entreprises touchés". Les sinistrés restent eux encore désemparés face à un avenir rempli d'incertitudes.
Dans la campagne, environ 120 agriculteurs sont en grande détresse. "C'est une catastrophe, c'est pire que si c'était la guerre", lâche, ému, Jean-Pierre Cavallo, un éleveur du village de Saorge, dans la vallée de la Roya, qui a quasiment tout perdu dans la catastrophe.
