Vinci vient de jeter un pavé dans la mare du covoiturage. L'étude qu'il a menée entre mai et juin 2022, dans onze agglomérations est sans appel : entre 7 et 10 heures, 85,2% des voitures sont occupées par une seule personne pour les trajets domicile-travail ! Pire encore : ce phénomène, dit d'"autosolisme", s'est encore aggravé depuis la fin de l'année 2021.

"Contrairement au covoiturage sur longue distance qui se développe bien, les trajets courts restent confidentiels car le passager craint de ne pas pouvoir revenir", analyse Rémi Bastien, président honoraire de Nextmove, le pôle de compétitivité européen de la mobilité. De fait, BlaBlaCar a enregistré 4,5 millions de transactions en juillet-août, un nombre dix fois supérieur à celui des plateformes spécialisées en domicile-travail. Et pourtant... Le ministère de la Transition écologique a calculé qu'un covoituré qui travaille à 30 kilomètres de chez lui économise près de 2 000 euros chaque année. Et ce sans même prendre en compte l'envol des prix de l'essence !

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Adopter les méthodes qui font le succès des bus et des métros

"Nous faisons face à deux freins : la peur de voyager avec un inconnu et l'intérêt financier jugé insuffisant pour le conducteur, mais ces deux freins peuvent être levés, souligne Rémi Bastien. Pour le premier, les plateformes développent des systèmes d'évaluation des usagers et des conducteurs. Pour le second, les collectivités subventionnent de plus en plus souvent les covoitureurs." Avec la hausse des carburants, la part des frais indemnisés par la ville permet au conducteur d'économiser 150 euros par mois, confirme Thomas Matagne, fondateur d'Ecov, un opérateur de lignes de covoiturage pour les collectivités qui gère désormais 55 lignes en France. "L'automobile reste indispensable en zone périphérique et en territoire rural", reconnaît toutefois celui qui rêve de transformer la voiture en transport collectif.

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Pour cela, le covoiturage doit adopter les méthodes qui font le succès des bus et des métros : pas de réservation préalable et une fréquence élevée. "Le temps d'attente est de quatre minutes en moyenne sur la ligne Lyon-Bourgoin-Jallieu", reprend Thomas Matagne. Pour rassurer le passager, son entreprise a mis au point un système d'assurance : si aucun conducteur ne se manifeste dans les dix minutes qui suivent la demande (vingt minutes dans certaines villes), la garantie "départ" est activée auprès des partenaires taxis ou VTC. Le taux de satisfaction est bon : une enquête réalisée à Lyon révèle que 12% des usagers avaient vendu leur seconde voiture et que 22% envisageaient d'en faire de même.

Outre les collectivités, les entreprises ont aussi un rôle à jouer. Elles peuvent se rapprocher de spécialistes comme Klaxit ou Karos pour aider leurs salariés dans leur mobilité. Pour les sociétés à sites multiples, une start-up - 1km à pied - propose une solution d'optimisation des trajets en réaffectant les employés dans un établissement plus proche du domicile, ce qui favorise le covoiturage entre collègues. Selon elle, 7 millions d'actifs pourraient bénéficier d'un meilleur positionnement géographique.