La sécheresse et la baisse des cours d'eau n'auront pas affecté le transport fluvial cet été. "Seules 15% des voies à petit gabarit ont été fermées et 99% du réseau à grand gabarit est resté ouvert. Le système a été résilient face à la chaleur extrême", précise Thierry Guimbaud, directeur général de Voies navigables de France (VNF). De quoi conforter la progression de ce mode de transport qui a enregistré un niveau historique de trafic en 2019 avec une progression de 18%. "C'est le mode qui a le plus augmenté cette année-là", souligne Thierry Guimbaud.
Passé la crise du Covid qui avait mis à l'arrêt le secteur du BTP, le fleuve a retrouvé ses niveaux records en 2021. Ce qui laisse penser au directeur général de VNF qu'il s'agit d'une tendance de fond. Une rupture, même, pour un secteur longtemps boudé. L'eau avait pâti de la fermeture des industries lourdes à partir des années 1970, du développement du réseau routier et de l'essor de la logistique de petits volumes en flux tendu.
L'engouement dont il bénéficie aujourd'hui est directement lié aux préoccupations environnementales. Il est quatre fois moins polluant que le transport routier et trois fois plus économe en énergie. Et quand les camions peinent à accéder au coeur des villes, lui prend le relais sans difficultés, comme à Strasbourg, qui a décidé en 2019 d'acheminer par ce moyen les pavés destinés à la rénovation du centre-ville. C'est aussi par l'eau que les bars et les restaurants du centre reçoivent depuis juillet 2020 leurs boissons, les particuliers leurs colis et que sont évacués les déchets recyclables des magasins. 122 tonnes livrées et 48 tonnes sont enlevées par jour par Urban Logistic Solutions (ULS).
Des livraisons par bateau en centre-ville
Strasbourg n'est pas un cas isolé. Fin juin, c'est la ville de Lyon qui a retenu ULS pour les livraisons en centre-ville. Un bateau et quinze vélos électriques remplacent ainsi 150 camionnettes et permettent de réduire de 92% les émissions de CO2. Mais les municipalités écologistes ne sont pas les seules à s'intéresser au sujet : d'autres projets sont en cours, à Nantes, Toulouse et sur l'axe Le Havre-Rouen-Paris. "Depuis trois ou quatre ans, les collectivités s'impliquent beaucoup", note Thierry Guimbaud.
Et à Paris ? Après de premières initiatives prises par des entreprises comme Franprix (dès 2012), ce sont actuellement les matériaux des villages olympiques qui sont acheminés par barge. La préparation des JO a en effet été l'occasion de fixer un objectif à court terme : une quarantaine de bateaux doivent adopter des propulsions propres d'ici à 2024.
De fait, les bateaux sont souvent anciens. Or la mise au point de nouveaux moteurs et de systèmes d'échappement "propres" requiert un effort de recherche important, difficile à amortir pour une flotte française relativement petite avec 600 bateaux pour le tourisme et un millier pour le commerce.
Aussi VNF a-t-elle prévu un plan d'aide à la modernisation. Et les entreprises suivent. La Compagnie fluviale de transport teste ainsi depuis le mois de février un carburant de synthèse issu d'huiles végétales usagées, compatible avec n'importe quel moteur diesel. Il permet de réduire les gaz à effet de serre de 90%, les particules fines de 65%, le monoxyde de carbone de 25% et l'oxyde d'azote d'un tiers. Un beau score pour une péniche qui embarque 1000 tonnes de ciment sur la Seine, soit l'équivalent de 37 camions.
Vedettes de Paris (les fameux bateaux-mouches) a de son côté choisi l'électrique pour diminuer de 50% son impact carbone en deux ans. Un défi technologique puisqu'il faut garantir la stabilité du bateau, s'adapter aux contraintes d'exploitation - huit croisières d'une heure par jour - et tenir compte du courant fort lors des crues. L'électrification du secteur est par ailleurs en cours, avec l'installation de 80 bornes le long de la Seine. 345 millions d'euros vont être investis chaque année dans les infrastructures jusqu'en 2030. De quoi absorber le doublement du trafic prévu d'ici là. Et faire naviguer de façon plus responsable pas moins de 11 millions de touristes chaque année.
