Même à l'échelle d'un groupe habitué par essence aux tempêtes médiatiques, la séquence que vient de vivre TotalEnergies sort de l'ordinaire. Des installations paralysées, des braseros, des polémiques en série sur ses superprofits ou le salaire de son patron, l'énergéticien français connaît... Mais cette fois, c'est différent.

En perturbant la distribution de carburant, les grévistes de Dunkerque, Gonfreville ou Donges visaient un symbole - l'entreprise que les Français adorent détester - pour faire entendre leurs revendications salariales. Ils ont fait plus que cela car, sans le vouloir, leur mouvement a eu deux effets révélateurs : il a d'abord rappelé à ceux qui l'avaient oublié qu'en dépit de son virage revendiqué vers les énergies décarbonées, Total demeure un groupe pétrolier et le restera pour de longues années ; il a aussi démontré, presque par l'absurde, notre addiction collective aux hydrocarbures. Oui, devant des pompes à sec, des automobilistes sont prêts à en venir aux mains pour grappiller quelques précieuses gouttes de carburant. Et parmi eux, sans doute, certains s'inquiètent sincèrement du réchauffement climatique et sont les premiers à critiquer les activités polluantes des compagnies pétrolières...

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Toutes nos contradictions sont là. Trois semaines de pagaille, résumant la complexité de la nouvelle équation énergétique. Et préfigurant accessoirement les difficultés qui nous attendent, bien au-delà de cet hiver.

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Alors, pour se donner bonne conscience, ou se défouler, on peut s'en prendre systématiquement à Total et à son PDG, Patrick Pouyanné. On peut aussi reconnaître qu'en ces temps compliqués, la mutation de notre modèle énergétique et notre sécurité d'approvisionnement reposent davantage sur le pétrolier tricolore que sur un EDF empêtré dans ses déboires industriels...

A lui de montrer la voie, en se détachant des énergies fossiles plus vite encore qu'il ne l'imaginait, mais aussi en consacrant aux renouvelables des investissements plus conformes à son standing. Alors peut-être, les Français parleront-ils d'autre chose que de ses profits.