Mais que va donc faire la RATP à Toulouse ? Dans quelques jours, la Régie autonome des transports parisiens y lancera une expérimentation pour imaginer le futur de la mobilité dans la Ville rose. Son idée ? Développer une application qui donnera aux voyageurs l'état du trafic, le meilleur itinéraire possible, et, en chemin, des étapes d'intérêt comme les commerces. C'est ce que l'on appelle le "Mobility as a Service". "La finalité du MaaS est d'offrir le plus d'options de transport possible tout en intégrant le paiement. Le défi, c'est justement d'agréger l'offre de chacun en temps réel et de centraliser les comptes des utilisateurs", détaille Joël Hazan, directeur associé au Boston Consulting Group et spécialiste de la mobilité.
Mappy, troisième acteur de la mobilité en France
En effet, les opérateurs comme Uber ou Lime disposent de leur propre application sur laquelle le client a renseigné son profil et, surtout, sa carte bancaire. Mais que ce soit pour louer une trottinette ou un vélo, réserver un VTC ou acheter un ticket de métro, ces acteurs cherchent à garder le voyageur sur leur interface... tout en s'ouvrant à des solutions tierces (Citymapper, Moovit, etc.) afin d'élargir encore leur cible. Objectif commun : devenir l'application de référence des citadins.
À la RATP, on a depuis longtemps identifié le sujet. Mais l'entreprise se heurtait à une barrière politique et technologique. "Pour caricaturer, ils ont réussi le passage de la carte Orange au passe Navigo, mais les transports publics franciliens n'avaient pas encore fait leur révolution 2.0", explique un professionnel du secteur. C'est pourquoi la Régie a décidé d'accélérer en annonçant, début novembre, l'acquisition du vétéran français du numérique, Mappy. Propriété de Solocal (ex-Pages Jaunes), le spécialiste du calcul d'itinéraires (voitures, vélos, piétons), qui a connu les joies du Minitel et tente de survivre à l'ère du smartphone, jouit toujours d'une bonne réputation, "notamment en cartographie" précise un concurrent. Après Google Maps et Waze, Mappy est le troisième acteur de la mobilité en France, avec plus de 12 millions de visiteurs uniques par mois. Malgré tout, le site était donc en vente depuis plus d'un an, ce qui n'a pas manqué de le dévaluer.
Trouver un modèle économique au "MaaS"
La transaction, dont le montant reste confidentiel, se chiffrerait à quelques millions d'euros "alors que ça pourrait en valoir des dizaines de millions", souffle un spécialiste. C'est donc une belle prise pour RATP qui est déjà en train d'intégrer les équipes (70 personnes) dans sa division digitale : Smart Systems. "Nous avons une grande compétence sur la facturation, ce qui manquait à Mappy. Pour l'instant nous conservons les deux applications, mais nous allons vite travailler sur une plateforme commune qu'on lancera en 2022", annonce Hiba Farès, directrice de l'expérience clients de la RATP.
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Car la Régie a des ambitions, à l'étranger comme en province. Elle espère vendre sa future application en marque blanche à des entreprises et des autorités organisatrices de transport (AOT), d'où l'expérimentation à Toulouse. Une fois la technologie calibrée, il faudra lui trouver un modèle économique. "Tout est ouvert. Les AOT peuvent très bien intégrer la solution dans leur offre actuelle, mais aussi la vendre à part comme un package (courses VTC + ticket métro + locations mobilité douce). Dans ce cas, l'AOT négocierait un volume de courses qu'elle revendrait sous forme de forfait au voyageur", analyse Joël Hazan. Plus de trente ans après sa création, Mappy est encore un bel outil. Charge à la RATP de bien l'exploiter.
