"Bon alors il y a personne qui est rassrah ?" La petite phrase, et ce mot qui exprime un avis négatif dans l'univers de Touche pas à mon poste, a été prononcée par Cyril Hanouna lors d'une interview irréelle avec Jean-Marie Le Pen. Jeudi soir, dans le cadre de son émission sur l'actualité, Balance ton poste, il est allé avec deux chroniqueurs à la rencontre de l'ancien patron du Front national, pour parler de ses adversaires, de sa fille ou des gilets jaunes.

"Les images les plus drôles de Jean-Marie Le Pen"

"J'irai interviewer Jean-Marie Le Pen, puisque à 67 % vous voulez que j'y aille" avait déclaré l'animateur la veille à propos d'un sondage mis en ligne et auquel 10 000 personnes avaient répondu. Il promettait un entretien "sans concession", bien que beaucoup estiment que celui-ci était déjà prévu. "Ça va être un petit peu chaud parce qu'on est diamétralement opposés sur les idées", avait-il ajouté.

Jeudi soir donc, Cyril Hanouna reçoit Sophie Montel, auteure d'un livre révélations sur les coulisses du Front National, et évoque dans la foulée l'interview tant attendue. L'animateur diffuse "les images les plus drôles de Jean-Marie Le Pen", à savoir une interview masquée sur TV Libertés, son appel au secours à Jeanne d'Arc, un extrait de lui en train de chanter ou un sketch des Guignols.

Cette interview ? Une bonne idée "à 72 %"

A suivi un court débat en plateau sur l'intérêt ou non d'aller discuter avec l'ancien patron du parti frontiste. "Il y a un livre, qui parle du Front national, donc l'idée c'était de dire à celui qui a fondé le Front national 'Est-ce que vous vous retrouvez dans ce qui est dit dans ce livre ?'", justifie le chroniqueur et ancien eurodéputé (Vert) Karim Zéribi, qui s'est rendu à l'interview avec Cyril Hanouna et Éric Naulleau.

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Il ajoute avoir été surpris une fois arrivé chez Jean-Marie Le Pen, en rencontrant une gouvernante d'origine maghrébine et un autre employé homosexuel. "Là tu es saisi." Avec des panneaux, l'équipe est presque unanime : cette interview une "bonne idée". Le public en ligne aussi : 72 % d'avis positifs sur un sondage publié sur Twitter. "Ça me dérange qu'on lui donne la parole", estime néanmoins un chroniqueur.

"Toute ma vie, j'ai prouvé que je ne suis pas raciste"

Des réticences qui s'envolent vite lors de l'interview. Lors de celle-ci, l'animateur laisse le fondateur du Front national dérouler son argumentaire, sans jamais vraiment le relancer. Ils font d'abord réagir Jean-Marie Le Pen au livre de Sophie Montel. Première question indispensable du très impatient Eric Naulleau : le patriarche a-t-il assisté aux "turpitudes sexuelles" au sein de son parti ? "Madame Montel est restée trente ans au Front national, elle a donc, d'après ses aveux, participé à ces diableries, en tout cas je n'y étais pas invité, madame Montel ne m'a pas fait cet honneur." Ce sera la dernière fois qu'on parlera du livre, qui était pourtant le thème annoncé de cette rencontre.

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Changement de ton lorsque Zéribi l'interroge sur "l'inégalité des races". Jean-Marie Le Pen maintient le discours qu'il lui a valu de nombreuses condamnations en justice : "Quand on a traîné ses bottes un peu partout dans le monde, on se rend bien compte d'une chose, c'est que la catégorie que l'on qualifie de races, c'est évident qu'elles ne sont pas égales en capacités. Il y en a qui nagent plus vite, il y a qui courent plus vite, qui pensent plus vite." Quelques minutes avant, le fondateur du FN, osait affirmer : "Toute ma vie, j'ai prouvé que je ne suis pas raciste."

Sur les gilets jaunes et les dérives violentes en marge des manifestations, Jean-Marie Le Pen est affirmatif : "Il n'existe aucun mouvement radical d'extrême droite. En tout cas je n'en connais pas."

"Je n'ai aucun remords"

Quelques instants plus tard, après un nouveau retour en plateau, Cyril Hanouna le lance sur un jeu : lui montrer des images de politiques ou de personnalités et lui demande s'il les trouve darka (avis positif dans la langue hanounesque) ou rassrah (avis négatif). Sans trop comprendre les règles, Jean-Marie Le Pen reste bienveillant relativement bienveillant avec Emmanuel Macron, François Hollande, Nicolas Sarkozy, ou Jean-Luc Mélenchon, salue le travail de Donald Trump, ou le sympathique Kylian Mbappé. Il ignore la question "Kylian Mbappé, un bon Français ?", fait la moue devant Florian Philippot et lâche un "beurk" devant la photo de Bernard Tapie.

À propos de sa fille Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, il explique qu'il aura peut-être l'occasion de la voir pendant la campagne pour les Européennes, dans un meeting. "Je n'ai aucun remords, j'ai eu une vie droite, je suis un combattant à visage découvert, je n'ai pas à me reprocher ce qu'on peut appeler une saloperie." "L'image qui a été donnée de Jean-Marie Le Pen ne correspond pas du tout, ni à son passé, ni à son présent, ni à son futur", ajoute-t-il en souriant à la caméra.

"Tout ça c'est une mascarade, lui répond ensuite Sophie Montel. Quand il fait de la provocation, il sait très bien que ça va faire tilt chez un certain nombre de nos compatriotes, et les plus désespérés, ceux qu'on appelle la France des oubliés." Visiblement étonné, l'animateur lui répond : "Vous êtes en train de nous dire que le Front national, c'est une énorme mascarade depuis le début. C'est incroyable."