Le dessinateur de presse Xavier Gorce a annoncé ce mercredi qu'il ne travaillerait plus pour Le Monde, jugeant que "la liberté ne se négocie pas", après que le quotidien ait qualifié d'"erreur" la publication d'un de ses dessins sur le sujet de l'inceste, qui avait choqué de nombreux internautes.
"J'annonce que je décide immédiatement de cesser de travailler pour Le Monde. Décision personnelle, unilatérale et définitive. La liberté ne se négocie pas. Mes dessins continueront. D'autres annonces à suivre", a fait savoir sur Twitter le dessinateur des "indégivrables", qui travaillait de longue date avec le journal.
"Une relativisation de la gravité des faits d'inceste"
La direction du Monde s'était excusée mardi pour un de ses dessins diffusé dans une newsletter, qui avait suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, reconnaissant qu'il avait pu choquer et assurant qu'il n'aurait "pas dû être publié".
Ce dessin montrait un jeune pingouin demandant à un congénère : "Si j'ai été abusé par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ?". Certains utilisateurs des réseaux sociaux y avaient vu une forme de transphobie et avaient reproché au dessinateur de se moquer des victimes d'inceste, des critiques qu'il avait rejetées en bloc sur Twitter.
"Ce dessin peut en effet être lu comme une relativisation de la gravité des faits d'inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres", avait de son côté souligné la directrice du Monde, Caroline Monnot, dans un message publié sur le site du quotidien.
"Le Monde tient à s'excuser de cette erreur auprès des lectrices et lecteurs qui ont pu en être choqués", a-t-elle ajouté, rappelant au passage "notre engagement, illustré par de nombreux articles ces derniers mois, pour une meilleure prise en compte, par la société et par la justice, des actes d'inceste" et la "stricte égalité du traitement entre toutes les personnes".
Une "hypersensibilité problématique"
Dans un entretien à L'Express publié en août 2020, le dessinateur notait que "les réseaux ont changé les choses. Avant, je recevais un courrier de lecteur ou deux par an, pas plus. Lorsque j'ai commencé à publier sur les réseaux, j'ai eu beaucoup plus de retours. On se prend parfois des attaques d'une grande violence... (...) Beaucoup de dessinateurs se font la même réflexion : comment peut-on avoir des réactions aussi brutales sur des dessins qui sont de l'humour ?".
Au cours de la même interview, il s'interrogeait sur "la victoire de l'émotionnel, du ressenti", jugée "alarmante". "Désormais, si je suis blessé par un propos, l'émetteur du message, jugé coupable, doit retirer ce qu'il a dit. Cette hypersensibilité est problématique", soulignait-il dans nos colonnes.
