Il n'y a pas que les abeilles qui meurent. Les apiculteurs aussi."Trop dur, financièrement intenable", soupire André, installé depuis près de vingt ans dans la Brenne, un parc naturel à une quarantaine de kilomètres de Châteauroux (Indre). Ce printemps, ses quelque cinquante ruches resteront silencieuses. En une dizaine d'années, il en a connu des vicissitudes : l'arrivée des frelons asiatiques a décimé les colonies ; l'utilisation intensive des pesticides a affaibli les essaims; les canicules, tempêtes et autres malédictions du ciel ont détérioré les récoltes. Mais c'est la concurrence ravageuse des miels d'importation, essentiellement chinois, qui a fini par l'anéantir.

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Concurrence déloyale

Une récente étude publiée par Copa-Cocega, une association européenne d'agriculteurs, met en lumière l'ampleur du problème. Depuis le début de la décennie, alors que les achats de miel en provenance d'Asie et de Chine ont augmenté (+40%), leurs prix se sont effondrés. L'an passé, ils sont tombés à 1,24 euro le kilogramme seulement, le prix le plus bas depuis que la Commission européenne pointe ses relevés. Une chute de près de 25% depuis 2015. Le hic ? Le coût de production de un kilogramme de miel par les apiculteurs européens s'élève, lui, à près de 3,90 euros. "Impossible de s'aligner. Même si je ne me paye pas", déplore cet apiculteur berrichon. D'autant que ses charges ont décuplé : avec la surmortalité des abeilles, il doit racheter chaque année entre 30% et 40% de son cheptel.

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Les prix d'importation ont chuté de 25% en 5 ans.

© / Dario Ingiusto / L’EXPRESS

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Pour l'ensemble de la profession, la situation est d'autant plus préoccupante que près de 40% des importations chinoises seraient frauduleuses : des miels coupés au sirop. Faute de moyens financiers, les contrôles des fûts à l'arrivée dans les ports d'Anvers ou de Rotterdam sont quasiment inexistants. Pendant ce temps, la Commission européenne tergiverse encore pour savoir si l'origine précise du miel doit être précisée sur les étiquettes...