Et si les jeux vidéo modifiaient leur niveau de difficulté en temps réel, en fonction de notre habileté ? Et s'ils diffusaient en permanence une musique ad hoc, en se calant sur l'intensité de l'action ou le rythme cardiaque des joueurs ? Avec la puissance de calcul des machines d'aujourd'hui, ce genre d'expériences interactives devient enfin possible. "Nous sommes à l'aube du lancement d'une nouvelle génération de consoles - un phénomène qui ne se produit que tous les cinq ou sept ans - et nous allons assister à un véritable saut technologique", prévient Serkan Toto, analyste et fondateur de la société de conseil Kantan Games. La Playstation 5 de Sony et sa concurrente, la Xbox Series X de Microsoft, devraient être commercialisées en fin d'année. "Ce sont, pour ainsi dire, des monstres de puissance", estime l'expert.
Grâce à elles, le réalisme des jeux atteindra de nouveaux sommets. "Sans entrer dans les détails techniques, nous savons désormais gérer les réflexions complexes de la lumière en fonction des matières, une technologie appelée 'ray tracing'. Le plastique, par exemple, ne réfléchit pas les rayons lumineux de la même manière que le bois. Ce niveau de complexité était le plus souvent totalement ignoré par les jeux vidéo, ce qui leur donnait leur apparence parfois très artificielle", explique David Cage, fondateur et PDG du studio de création Quantic Dream.
De nouvelles perspectives pour les joueurs
"Mais avec l'arrivée de ces nouvelles consoles, les développeurs vont surtout pouvoir intégrer plus facilement de l'intelligence artificielle [IA] dans la création des jeux", assure Serkan Toto. De quoi ouvrir de nouvelles perspectives pour les joueurs. Un brevet déposé par Sony évoque déjà la possibilité de générer de la musique sur mesure, en fonction de ce qui se passe sur l'écran.
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Mais l'utilité des algorithmes va bien au-delà. Ces derniers peuvent servir à optimiser la difficulté d'une partie (la société finlandaise Rovio se sert déjà de ce genre d'outils pour sa série à succès Angry Birds). Ils pourraient aussi favoriser l'émergence d'interfaces de communication entre le joueur et le jeu, basées sur la reconnaissance vocale. Enfin, l'IA serait à même de rendre les avatars non humains rencontrés dans un jeu bien plus intelligents.
"Nous n'en sommes qu'au début de la personnalisation des jeux"
Bien sûr, cette technologie n'est pas la panacée. "Beaucoup de joueurs n'ont pas forcément envie de parler à leur console, alors qu'il y a des gens autour d'eux. Par ailleurs, pour simuler des comportements intelligents, il n'y a pas forcément besoin de systèmes d'apprentissage profond", tempère David Cage. "Cependant, on voit de plus en plus l'intelligence artificielle et des technologies apparentées (réseaux neuronaux, deep learning, big data, etc.) dans le développement des jeux", reconnaît l'expert.
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Quantic Dream utilise par exemple un algorithme d'apprentissage profond destiné à traiter les données de motion capture, un travail long et fastidieux qui était auparavant fait manuellement. Le studio travaille aussi depuis plusieurs années sur des réseaux neuronaux afin de calculer les déplacements de foules virtuelles. "Nous n'en sommes qu'au début de la personnalisation des jeux", considère Serkan Toto. Reste à savoir si les joueurs accepteront de partager leurs données personnelles afin de goûter à cette nouvelle version de leur loisir favori.
