Les jeux vidéo violents nous rendent-ils violents ? Peuvent-ils transformer, au fil des parties, des adolescents sans histoire en véritables tueurs, capables de fusiller leurs camarades de classe ? Pour une partie des médias et de l'opinion publique, cela ne fait guère de doute. La science, pourtant, nous met en garde contre les idées préconçues. "De nombreuses études publiées ces cinq dernières années contestent ce lien de causalité. Elles mettent en lumière des erreurs jusqu'à maintenant de méthodologie et proposent de nouvelles explications au comportement non approprié ou extrême de certains joueurs", avertit Maud Lemercier, psychologue clinicienne et docteure en psychologie.

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La revue Cyberpsychology, Behavior, and Social Networking consacre l'intégralité de son numéro de janvier à dix articles scientifiques emblématiques sur le sujet. Cette compilation d'analyses récentes, menées sur tous les continents, ne convaincra peut-être pas les plus sceptiques, mais ses conclusions éveillent notre attention : aux Etats-Unis, par exemple, le suivi sur dix ans de jeunes fans de Grand Theft Auto- une série souvent qualifiée de brutale et d'immorale - n'a pas permis de constater chez cette population un surcroît d'agressivité par rapport à d'autres groupes de joueurs. Ce résultat va dans le sens de travaux menés aux Pays-Bas ou en Corée du Sud ; les contenus des jeux ne rendent pas spécialement dépressif, angoissé ou hyperactif, si l'on en croit une vaste enquête réalisée à Singapour sur 3000 volontaires suivis pendant deux ans.

Dans le cerveau des gamers

Plus près de nous, au Royaume-Uni, des chercheurs se sont penchés sur le cerveau des gamers afin de savoir si avec le temps ils deviennent moins sensibles à diverses formes de hargne. A l'aide d'un électroencéphalogramme, ils ont mesuré les ondes cérébrales de 87 volontaires avant et après des séquences de jeu. Conclusion ? La thèse de la désensibilisation ne tient pas. Pas plus que l'idée selon laquelle une personne s'adonnant à ce passe-temps aurait une influence néfaste sur le comportement de son entourage proche, estiment des experts espagnols.

D'où vient la violence alors ? Des recherches menées en Chine et au Ghana insistent sur le rôle - négligé jusqu'ici - de l'environnement : le bruit, la température trop élevée d'une pièce, la présence d'un nombre important d'individus, le peu de possibilités de divertissement, ou le manque de soutien psychologique agissent comme des amplificateurs de nervosité chez certains joueurs. "Plus généralement, les jeux vidéo peuvent influencer l'humeur à court terme. Cela est dû au fait qu'ils sont prenants. Il faut donc quelques instants pour passer à autre chose. Mais sur le long terme, le lien de causalité entre jeux vidéo et violence n'est pas avéré et, quand cette dernière existe, elle est plutôt à mettre sur le compte du profil du joueur ou de son environnement", résume Maud Lemercier.

Celle-ci le montre d'ailleurs dans l'une des dix études mentionnées par la revue scientifique. "Etre motivé par l'accomplissement (relever des défis supplémentaires dans un jeu) et avoir une forte réactivité émotionnelle augmente significativement la probabilité d'être toxique. A l'inverse, l'empathie semble être un facteur de protection contre ce genre de comportement." Certains pays, toutefois, restent loin de ce discours nuancé. L'Afghanistan vient, par exemple, d'interdire le très populaire jeu de tir PUBG sur mobile, rapporte The Economist. Trop violent, il corromprait jeunesse.