"Tout ce que vous pourrez dire pourra être retenu contre vous." L'année 2014 nous a démontré de manière implacable que l'adage policier s'applique à merveille à nos nouveaux outils de communication. Ces derniers jours, c'est Sony qui a été cible de hackers. En octobre, d'autres affirmaient avoir récupéré les identifiants de 7 millions de comptes Dropbox, via des applications tierces. A la fin de l'été, c'est Hollywood qui paniquait lors de la diffusion de photos de stars nues en ligne. Et ainsi de suite.
Toutes les victimes ont un point commun: elles ont partagé des informations par mail, SMS ou tout autre service de communication ou de stockage de données. Peu importe le moyen employé, elles pensaient (à tort) que leurs données seraient protégées. Selon les cas, la faute incombe à l'entreprise à qui elles ont fait confiance, à leurs propres pratiques, ou aux deux à la fois.
Face aux critiques, les géants du numérique élèvent progressivement leur niveau de sécurité. Certains particuliers s'efforcent, eux , d'être prudents et d'adopter les bonnes pratiques pour protéger leurs données privées. Il n'empêche: "Rien de ce que vous pouvez dire qui transite, par quelque moyen que ce soit, par les technologies numériques - rien du tout - ne peut rester privé à coup sûr", tranche le New York Times.
Vers un Internet de l'éphémère?
Les mésaventures de Sony éclairent bien ce constat. Parce que les mails du PDG de la branche Entertainment de la société ont été exposés, c'est la stratégie d'une autre entreprise, Snapchat, qui s'est retrouvée sur la place publique (Michael Lynton est aussi administrateur du réseau social). Et ce au grand désarroi de son patron Evan Spiegel, qui s'en est désolé sur Twitter. De quoi questionner l'idée même d'échanger des informations importantes par mail ou SMS.
Est-il possible de basculer vers un Internet où l'on ne vivrait plus dans la crainte de voir ressurgir, des années plus tard, une photo ou un post Facebook dérangeant? Le succès grandissant de Snapchat auprès des adolescents a ouvert la brèche. L'application a popularisé le concept des messages qui disparaissent peu après la lecture, tout en étant particulièrement amusant.
D'autres manières de contourner le problème ont émergé depuis. Il y a les applications anonymes comme Secret, Whisper ou encore Yik Yak (qui vient de lever plus de 60 millions de dollars, selon le Wall Street Journal). Ces dernières permettent de parler librement (voire de se défouler) sans se soucier des conséquences.
Autre nouveauté de 2014: Confide, qui permet d'envoyer des messages qui s'autodétruisent après lectures. Avantage concurrentiel: ces derniers sont cryptés et il est impossible de prendre une capture d'écran (c'est la faille majeure de Snapchat aujourd'hui) car il faut dévoiler mot par mot le texte avec son doigt en balayant l'écran. Plus "pro" que Snapchat, mais moins ludique.
Rapport de force
Snapchat, Confide, Yik Yak... Bien qu'innovants, tous ces services ont une cruelle faiblesse ils manquent d'utilisateurs pour l'heure. S'imposeront-ils dans les années à venir auprès du grand public? Les spécialistes restent partagés, comme le montre une étude du Pew Research Internet Project publiée jeudi. "D'ici 2025, les citoyens seront divisés en deux catégories: ceux qui privilégient le confort et ceux qui préfèrent protéger leur intimité", estime ainsi professeur Danois Niels Ole Finnemann.
"Je ne pense pas qu'il y ait un 'juste équilibre' entre vie privée, sécurité et contenu captivant. Il faudra un équilibre négocié en permanence", analyse de son côté Joe Kochan de l'entreprise US Ignite. En somme, l'internaute devra, plus encore demain qu'aujourd'hui, faire preuve d'une vigilance accrue.
