Dans les couloirs des ministères, on croise leurs représentants au moins aussi souvent que les consultants de McKinsey. Et dans les coulisses du travail parlementaire, leurs amendements "clefs en main" enrichissent ou corrigent à bas bruit les projets de loi soumis au vote de nos élus... Depuis des années, les organisations non gouvernementales (ONG) sont au coeur du débat public, qu'elles animent en défendant leurs causes - et c'est tant mieux. Mais il leur arrive aussi de l'orienter, de le formater. En un mot, de l'influencer, sans que la lumière soit toujours faite sur leurs objectifs, leurs méthodes, leurs relais ou leurs financements.

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La place excessive occupée dans l'appareil d'Etat par les cabinets de consultants a amené les sénateurs à former une commission d'enquête, et suscité une polémique virulente à la veille du dernier scrutin présidentiel. Plus récemment, dans le même esprit, les pseudo-révélations des "Uber Files" ont dénoncé le lobbying exercé par le géant californien, pour faciliter sa percée sur le marché des VTC. Etonnamment, on ne souligne jamais le rôle très efficace joué sur ce même terrain par certaines ONG : les pouvoirs publics les consultent, co-construisent certains textes avec elles, les parlementaires digèrent et recyclent leurs argumentaires avec gourmandise, les médias leur ouvrent grand leurs antennes et leurs colonnes, les réseaux sociaux s'abreuvent de leurs cris d'alarme...

Cette influence diffuse, multiple, personne, jusqu'ici, ne s'était attaché à la mesurer ni à la caractériser. En exclusivité pour L'Express, c'est ce travail qu'a effectué l'agence Plead, spécialisée dans le conseil en communication stratégique, relations médias et affaires publiques. Pendant un an, ses équipes ont répertorié, quantifié et analysé la communication des ONG à destination des élus, des médias et des réseaux sociaux (Twitter, Instagram, Facebook, YouTube, LinkedIn), pour établir le tout premier classement des ONG les plus influentes de France.

De Greenpeace à la Ligue pour la protection des oiseaux

La méthodologie est empirique (le travail de veille repose uniquement sur les données publiques disponibles) et n'est pas exhaustive, puisque le champ de cette étude se limite aux ONG dites "de plaidoyer", intervenant "de façon dédiée ou épisodique" sur les thématiques de l'environnement, du social et du bien-être animal. Vous ne trouverez donc pas dans ce baromètre les noms d'organisations bien connues, comme Médecins sans frontières ou Handicap international. Ce qui ne l'empêche pas d'être un outil précieux pour identifier les ONG les plus actives, leurs moyens d'action privilégiés, et parfois éclairer une influence insoupçonnée, comme celle de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui doit sa troisième place au classement général, à son rayonnement dans les médias, et tout particulièrement auprès de la presse quotidienne régionale. Ou celle du Réseau action climat, lauréat du classement de l'influence parlementaire, passé maître dans l'art de proposer (et de faire adopter) des amendements...

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Tous classements confondus, on ne sera guère surpris de retrouver Greenpeace sur la première marche du podium : plus de cinquante ans après sa création, l'ONG écolo bénéficie d'une aura médiatique sans égale, de puissants relais sur les réseaux sociaux, dans la presse nationale et audiovisuelle. Ses combats, Greenpeace les mène aussi, bien sûr, au travers de ses opérations "coup de poing", sa véritable marque de fabrique. A défaut de faire avancer le débat, ces happenings spectaculaires en font toujours, dans l'inconscient collectif, le fer de lance de la bataille écologique.

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© / L'Express

En publiant avec Plead ce premier classement des ONG les plus influentes, notre intention n'est nullement de faire le procès de ces organisations, actrices à part entière de notre vie politique, sociale et économique. Chacun sait que les ONG les plus actives sur le thème de l'environnement ont largement guidé et inspiré les débats lors de la convention citoyenne sur le climat ; il est également de notoriété que l'association Zero Waste a "tenu la plume" et rédigé en partie le projet de loi contre le gaspillage et pour une économie circulaire. Après tout pourquoi pas ? Ces associations ont une expertise dont les décideurs publics ne peuvent pas toujours se prévaloir. Encore faut-il assumer ce travail de l'ombre, et veiller à ce que la défense de leurs intérêts particuliers ne se fasse jamais au détriment de l'intérêt général. Cela passe par une meilleure compréhension de ces pratiques militantes qui ne riment pas toujours avec transparentes.