Qui paiera la facture du Covid-19 ? Au cours des douze derniers mois, les Etats ont dépensé près de 16 000 milliards de dollars dans le monde pour maintenir à flot les entreprises et éviter un cataclysme économique, a révélé récemment le Fonds monétaire international. Inouï et nécessaire. Mais il n'y a pas d'argent magique. Demain, lorsque la pandémie sera derrière nous, il faudra bien penser à rééquilibrer les comptes. La taxation des plus grandes fortunes est dans toutes les têtes. Ce qui est nouveau, c'est que l'imposition des entreprises est aussi sur la table.

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Contre toute attente, la bascule est venue du monde anglo-saxon, comme si l'épidémie de Covid allait refermer la parenthèse néolibérale née dans les années 1980 avec le tandem Reagan-Thatcher. La nouvelle administration Biden a ainsi remis les hausses de taxes au goût du jour avec sa proposition de remonter d'un tiers - de 21 % à 28 % - le taux de l'impôt sur les sociétés (IS). De même, Boris Johnson, le Premier ministre britannique, qui a un temps imaginé faire du Royaume-Uni un paradis fiscal aux portes de l'Europe, s'est résolu à porter de 19 % à 25 % en 2023 le taux de l'IS.

Inimaginable il y a encore quelques mois, c'est toujours des Etats-Unis que la proposition la plus audacieuse, portant sur une imposition minimale mondiale pour les entreprises, est venue. Un moyen de briser la course infernale au moins-disant fiscal à laquelle se livrent les Etats depuis des décennies. "Au plus fort de la crise sanitaire, les gouvernements ont nationalisé les salaires. La moindre des choses que l'on puisse attendre des entreprises, c'est qu'une fois la pandémie passée, elles contribuent à la solidarité nationale", défend dans nos colonnes Pascal Saint-Amans (voir page 34), l'architecte de la révolution fiscale en cours à l'OCDE.

La France à contretemps

Et la France, dans ce concert pro-taxes ? Si elle soutient évidemment l'idée d'une imposition juste des géants du numérique - les grands gagnants du Covid -, elle est néanmoins prise au piège dans cette tectonique des plaques fiscales. Difficile de défendre auprès d'une opinion publique chauffée à blanc les bienfaits d'une nouvelle baisse d'impôt aux entreprises quand nos voisins anglo-saxons resserrent la vis.

La réalité statistique est pourtant cruelle : dans l'Hexagone, le taux de prélèvements obligatoires est de 5 points supérieur à la moyenne européenne, de 12 points plus élevé que celle des pays de l'OCDE. "Il faut de la convergence", martèle Bruno Le Maire. Il faudra surtout une bonne dose de pédagogie.