Lorsque je me réveille la nuit pour boire un verre d'eau, il n'est pas rare que je me connecte quelques minutes pour connaître le taux de fréquentation de mes blogs. Cela crée une forme d'excitation chez moi. Je n'ai aucun mal à me rendormir ensuite. " Christophe Labédan, 43 ans, président du Social Media Group, éditeur d'une quarantaine de blogs thématiques (auto, immobilier, luxe...) est un stakhanoviste - et heureux de l'être. Alors que, selon une enquête CSA, deux cadres sur trois déplorent " travailler plus d'heures qu'ils ne le souhaiteraient ", ces accros confient aligner des journées de travail à rallonge (de douze à quatorze heures par jour) en toute " zenitude ". Ainsi, Jérôme Barrand, professeur de management à Grenoble École de management, ne rechigne pas devant de longues journées de travail (cours, interventions dans les entreprises, direction de thèses, etc.), car il y trouve " le besoin de sens et de plaisir qu'il recherche et qui abaisse de ce fait son niveau de stress ". Pour sa part, Éric Phelippeau, 43 ans, directeur artistique de l'agence de design Duetto, confie volontiers que, depuis ses " débuts dans le métier il y a une quinzaine d'années, [il n'a] toujours pas l'impression de travailler : je m'amuse, je crée, je me fixe des challenges en permanence ".
Une organisation bien huilée à la maison... Les points communs de ces cadres " surbookés " ? Outre une passion pour les projets qu'ils portent, ils possèdent un certain nombre de pratiques organisationnelles et de principes qu'ils s'efforcent de respecter à la lettre. Et tout d'abord, un pacte conclu avec la famille. " Lorsque je ne travaille pas, je me consacre à 200 % à mon épouse et à mes enfants ", assure Norbert Tricaud, avocat d'affaires international et chargé de cours en droit bancaire et financier à Paris 1. Outre un emploi du temps " de ministre " durant la semaine, ce dernier a négocié avec sa famille une plage de quatre heures le samedi " pour faire la synthèse de la semaine écoulée " et de quatre heures le dimanche " pour préparer celle à venir ". " Cette organisation me permet d'aborder la semaine dans les meilleures conditions, sans être stressé ", explique-t-il. Pascal Capuano, responsable du développement dans la société ei-Strategy de gestion stratégique de l'information, basée à Marseille, va, lui, encore plus loin. " J'explique à ma famille en permanence la nature de mon travail, mes contraintes et le bénéfice final pour cette dernière, que ce soit en termes d'aisance financière que d'épanouissement personnel. " Une fois l'accord familial posé, reste à passer en revue les multiples secrets d'une organisation sans faille qui permettent de concilier longues journées de travail et efficacité.
... et au travail Auteur de " S'organiser c'est facile " (éditions Eyrolles, 2006), la consultante Laurence Einfalt, présidente-fondatrice de l'agence Jara, estime que " les cadres ou entrepreneurs de ce type ont mis en place une organisation personnelle à laquelle leur équipe s'est adaptée facilement. Ils considèrent que leur temps et celui de leur entourage sont précieux, donc ils ne les gaspillent pas. " Si certains privilégient le calme du (petit) matin pour effectuer des tâches de réflexion avant l'arrivée des autres membres de l'équipe, d'autres préfèrent concentrer leur énergie le soir. Ainsi Norbert Tricaud prise-t-il volontiers les dîners d'affaires pour négocier et conclure ses transactions. " Les interlocuteurs sont plus détendus parce qu'on perd moins de temps dans les embouteillages. Autre avantage : les discussions peuvent se prolonger tard dans la nuit. " Pendant la journée ? Chacun ses méthodes pour traquer la tâche inutile. Pascal Leroy, responsable marketing chez Sleever International (solutions d'emballage), ne cesse de se poser cette question rituelle : " Qu'est-ce qui est vraiment utile dans ce que je fais ? "
D'autres centres d'intérêt Bien conscients que leur travail, aussi exaltant soit-il, ne peut leur apporter tout l'enrichissement nécessaire pour s'épanouir en tant qu'homme (ou femme), les " gros bosseurs " avouent avoir besoin de posséder d'autres centres d'intérêt que leur seule activité professionnelle. " On distingue souvent des personnalités qui exercent une activité sportive ou qui ont une passion à l'extérieur du travail de celles qui "n'ont pas le temps". Les premières sont mieux équipées pour absorber une grande quantité de travail, avec une bien meilleure efficacité, souligne Laurence Einfalt. Tout se passe comme si l'efficacité était davantage une question d'équilibre que de temps de présence ou de taux d'adrénaline. " Ainsi Norbert Tricaud ne manque-t-il jamais, lorsqu'il est en mission à l'étranger, de consacrer son dimanche à la visite de musées ou d'expositions. " Cela nourrit mon esprit et mon imaginaire et, partant, ma créativité. " Ancien musicien et batteur, Éric Phelippeau répète quant à lui tous les mardis soir avec son groupe et se produit régulièrement sur scène. " Cela me permet de me "laver la tête" et de recharger mes accus. "
Préserver son capital santé " Attention à l'usure, prévient la consultante Laurence Einfalt. Considérer son travail comme le seul lieu d'accomplissement est risqué. En cas de retournement de situation, de cessation d'activité ou de retraite, la sensation d'inutilité surgit. " D'où la nécessité, en parallèle, de gérer au mieux son capital santé. " Notre corps est notre véhicule, poursuit Laurence Einfalt. Ne pas en prendre soin est la garantie qu'il vous lâchera au plus mauvais moment. " Pour sa part, Franck Dansaert, consultant du cabinet 7M Consulting, surveille comme le lait sur le feu son alimentation, en privilégiant notamment les plats de pâtes et en évitant, autant que possible, les repas d'affaires. " Mais ce que je préfère, avoue-t-il en connaisseur, ce sont les microsiestes de quinze-vingt minutes qui me donnent le coup de fouet nécessaire entre deux rendez-vous. "