Les entreprises continuent-elles à former ?

L'aggravation de la crise économique depuis 2009 correspond au minimum à une stabilisation de la dépense moyenne des entreprises pour la formation de leurs salariés, après des années de croissance relativement forte. On constate bien que l'effort de formation tend à suivre l'évolution de la croissance : quand les entreprises vont bien, elles investissent dans les ressources humaines, quand elles vont mal, la formation redevient avant tout un poste de dépenses dans lequel il est facile de faire des économies. Cela étant, il semblerait qu'en 2009-2010 ce lien ait été moins marqué et que les entreprises aient plutôt choisi de maintenir leur effort. On reste encore éloigné dans la plupart des branches d'un usage de la formation comme outil de prévention des risques liés aux mutations économiques. La baisse continue de la durée des formations et la rupture du lien formation/qualification en témoignent.

Parviennent-elles à anticiper ?

La possibilité d'articuler les politiques de formation menées dans l'entreprise et les démarches de GPEC, en lien avec la stratégie à moyen terme de l'entreprise, ne peut être que l'apanage des grands groupes, qui ont l'instrumentation RH nécessaire. Mais ce que l'on n'arrivait pas très bien à faire en régime de croisière est devenu encore plus compliqué en période de crise. Dans les secteurs les plus durement affectés par les suppressions d'emplois, comme l'industrie, l'ambition d'une GPEC "à froid" n'avait de toute façon pas produit les effets escomptés. Les démarches engagées ont certes participé de la promotion d'une culture de la mobilité, mais de là à dire qu'elles ont massivement permis de mettre à l'abri les salariés exposés...

Le rôle social de l'entreprise a-t-il des limites ?

La formation de ces publics ne relève pas des bonnes oeuvres ! C'est au contraire une responsabilité que les entreprises sont prêtes à assumer. Elles ne pouvaient pas rester sur les vieilles positions en dénonçant l'inadaptation de la main-d'oeuvre disponible sans s'impliquer directement dans la production des compétences. En faisant cela, elles seront d'autant plus légitimes à demander à ce que des équilibres globaux soient respectés, afin qu'elles puissent continuer à investir en formation.