Il dit qu'il est devenu un "zombie professionnel" après sa mise au placard. Le cas opposant aux prud'hommes de Paris un ancien salarié du groupe Interparfums à son ex-employeur a connu une très grande attention médiatique, ce lundi 2 mai.

La mise en avant du terme de "bore-out", choix de l'avocat du plaignant pour qualifier l'état dépressif dans lequel était son client après avoir été privé de travail, a ainsi suscité une importante curiosité.

S'estimant isolé et sans aucune tâche à exécuter, l'ancien responsable des services généraux a contesté son licenciement après un arrêt maladie de sept mois et huit ans de présence dans l'entreprise.

L'homme a également avancé que ses graves troubles de santé (dépression, ulcère, trouble du sommeil...) étaient liés à cette terrible situation de non-activité. Il réclame le paiement de l'indemnité compensatoire de préavis, de ses congés payés, ainsi que des dommages-intérêts pour harcèlement moral et nullité du licenciement.

La placardisation, une composante du harcèlement

"Harcèlement c'est le mot à retenir, estime Maï Le Prat, avocate au cabinet Verdier-Le Prat. Le terme de bore-out n'est pas juridique mais recouvre une réalité, qui n'est pas nouvelle: celle du harcèlement moral au travail."

La "placardisation" est l'une des composantes du harcèlement moral dont ce salarié s'estime victime. "Tout ceci vient s'appuyer sur une jurisprudence déjà très fournie car il y a déjà eu de très nombreux cas semblables aux prud'hommes et ne constitue en rien une nouveauté", avance Maï Le Prat, qui se souvient d'un cas où un salarié avait vu son bureau transformé en "local à badges".

Les cas de mise au placard dans les entreprises sont effectivement nombreux. "Certains s'en vont de l'entreprise mais d'autres entrent dans une profonde souffrance. En cas de volonté de faire reconnaître cet état par un juge, ce qui compte, poursuit Maï Le Prat, c'est de le prouver par des traces écrites et des témoignages."

Des griefs incohérents?

Pour l'avocat de l'ancien employeur, maître Jean-Philippe Benissan, il s'agit d'une "stratégie" de l'ancien salarié. Il dénonce ainsi l'"incohérence" de ses griefs. L'homme aurait saisi les prud'hommes en 2014 "en disant qu'il avait trop de travail", qu'il a "multiplié les casquettes" et maintenant "il décrit un bore-out", s'étonne l'avocat. Pendant toutes ces années l'avocat d'Interparfums avance également que le salarié n'a "jamais envoyé un mail" à la direction pour se plaindre de sa situation, ni alerté le comité d'hygiène et de sécurité au travail (CHSCT).

La décision de cette affaire a été rendue le 27 juillet. Verdict: départage.