Ce qui est rare est cher... Or n'est pas intérim manager qui veut. " ll faut être suffisamment aisé pour pouvoir supporter financièrement les périodes d'inactivité ", plaisante Jacques Gabriel, dirigeant de transition depuis 1991. Plus sérieusement, " l'intérim manager doit être doté d'un esprit de synthèse ­ pour analyser très vite la situation et dégager un plan d'action ­ et d'une forte résistance au stress ­ pour bosser quinze heures par jour quand c'est nécessaire, explique Gérard Fournier, qui a lancé Boyden Interim Executive il y a un an. Il doit aimer le changement, être bien dans sa peau pour appliquer sans état d'âme les décisions douloureuses, être charismatique pour se faire accepter partout, et surtout aller vite, très vite. "" Les trois premiers jours, je fais l'éponge, raconte Jacques Gabriel, qui s'entretient pendant deux heures avec chacun des managers première ligne. Je les interroge sur les problèmes, leurs aspirations, leurs idées. Je rencontre aussi quelques-uns de leurs collaborateurs. "Durant cette première étape, un seul mot d'ordre : écouter... pour répondre à trois objectifs : 1) établir le contact avec les opérationnels ; 2) libérer la sous-couche de talents (" systématiquement étouffée ", juge Bob Givens, manager de transition pendant 20 ans) ; 3) se mettre au niveau des salariés (" Il faut leur expliquer qu'on ne vient pas pour donner des conseils mais pour ramer avec eux ", dit Jacques Gabriel). En parallèle, l'intérim manager lit les principaux documents financiers. Et, au bout d'une semaine, il est capable de dresser en douze pages un inventaire des forces et des faiblesses de l'entreprise dans chaque domaine (commercial, recherche, production, distribution...). " Dans les grandes lignes, en tout cas, précise Jacques Gabriel. Le plus dur, c'est le premier tête-à-tête avec le commanditaire. Quand il faut annoncer à un PDG que ses salariés le jugent froid et que son offre n'est plus adaptée au marché... "Franchise et neutralité sont les règles du jeu. Ça passe ou ça casse. " Si ça passe, on se met d'accord sur un plan d'action et sur un calendrier. Et la mission peut vraiment démarrer ", poursuit Jacques Gabriel. Une seule fois la mission a avorté, mais c'était de son propre fait. " Je subodorais des abus de biens sociaux. Or l'intérim manager (contrairement au consultant ou au banquier) peut être tenu pour responsable et poursuivi en comblement de passif. " Cela fait partie des risques du métier...