En 1975, seule une Française sur deux travaillait. Aujourd'hui, les deux tiers des 15-64 ans sont présentes sur le marché de l'emploi, et ce malgré une fertilité parmi les plus fortes d'Europe: deux enfants par femme en moyenne. Autant dire que les entreprises devraient avoir appris à s'accommoder des grossesses de leurs salariées. C'est pourtant loin d'être encore le cas, à en croire un sondage* Odoxa réalisé pour Prem Up, la Fondation de coopération scientifique sur la grossesse et la prématurité, publié ce jeudi.

Si seuls 43% des femmes interrogées décrivent leur grossesse au travail comme une épreuve, leur part grimpe à 70% parmi les 25-34 ans, c'est-à-dire celles chez qui le souvenir est le plus frais. 45% des femmes de moins de 40 ans "redoutent de travailler enceintes". La suite de l'étude laisse entrevoir des pistes d'explication. D'abord, la persistance de préjugés négatifs envers les salariées qui attendent un enfant. Deux femmes sur dix parmi les 25-34 ans ont dissimulé le plus longtemps possible leur grossesse à leur employeur par peur de sa réaction.

Des craintes justifiées? 42% des hommes - contre 36% des femmes - estiment par exemple "qu'on ne sait jamais" si les femmes enceintes reviendront à leur poste après leur congé maternité. 36% jugent "qu'elles font en sorte d'être arrêtées le plus tôt possible", 40% qu'elles ont moins la tête au travail et 20% que leur ambition professionnelle décline...

Limiter les départs anticipés

Autre motif d'inquiétude: plus de la moitié des jeunes femmes rapportent avoir pris "de nombreuses précautions" pour que leur travail ne nuise pas à leur grossesse, mais d'après l'étude, 97% n'ont jamais été informées sur d'éventuels dangers ou des précautions à prendre. "L'information sur les risques liés à la grossesse et leurs conséquences est quasi inexistante sur le lieu de travail, constatent les auteurs. Cela est d'autant plus préjudiciable que les connaissances des femmes sur ces risques et conséquences sont imparfaites."

Limiter les déplacements, pratiquer le télétravail? "Très peu d'aménagements du poste de travail pendant la grossesse sont proposés par les entreprises ou, en tout cas, les salariées ignorent très largement qu'ils existent", poursuit l'étude. Un quart des sondées disent avoir arrêtées de travailler avant le troisième trimestre. D'après la fondation PremUp, prendre plus de précautions avec les salariées enceintes permettrait de faire baisser le nombre de grossesses pathologiques.