Soyons clairs : ces contacts directs servent aussi à contrôler les collaborateurs itinérants. "Car, à distance, on devient un électron libre, remarque Bertrand Deroulède, de la Cegos. La tentation est grande de ne plus respecter les règles établies avec le manager." Le syndrome serait une spécialité hexagonale. "Contrairement à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, ici, la pression managériale doit être forte, reprend Nathalie Wright. Les nomades ont du mal à respecter les feuilles de route. Rares sont ceux qui s'autogérent avec discipline et autonomie." Beaucoup auraient tendance à tirer sur la corde de la liberté. "Avant d'installer un système de géolocalisation, nous avons connu des abus concernant l'utilisation des véhicules et des téléphones portables à des fins personnelles", confirme Khalid Ziani, responsable des services informatiques dans la SSII Econocom.Faire appel à la technologie, c'est en effet une voie possible pour garder un oeil sur ses nomades. La géolocalisation permet un contrôle quasi constant de ses salariés via leurs téléphones mobiles ou leurs PDA. Mais prudence, car le flicage et le non-respect de la législation (notamment l'article L. 120-2 du Code du travail) ne sont jamais très loin. A la différence de leurs homologues américains, les employés français doivent être informés des surveillances dont ils font l'objet. Par ailleurs, la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) exige qu'on lui déclare la nature des données qu'on collecte, l'utilisation qui en est faite et la durée de leur conservation. Elle recommande aussi d'en limiter l'accès à un nombre restreint de personnes. Mais, surtout, elle veille à ce que les salariés concernés soient informés de la mise en oeuvre d'un dispositif de géolocalisation. Ceux-ci doivent pouvoir éteindre l'appareil qui les suit s'ils estiment être dans une phase de vie privée, même pendant les heures de travail. Le mieux consiste donc à jouer la transparence. Ainsi, Econocom a négocié l'installation d'un tel système avec le comité d'entreprise (voir encadré ci-dessous) . Autre expérience vécue positivement par des nomades, celle d'Europe Course Expresse. Cette société de taxis-colis a équipé ses 46 camions d'un système de localisation. Nicolas Gand, un jeune chauffeur, se dit satisfait du système. "Il m'économise des courses à vide pendant les heures de pointe. S'il m'évite de me retrouver de l'autre côté de l'Ile-de-France le vendredi soir, avant de rentrer chez moi, c'est parfait."