Le lundi matin, c'est sacré ! Michel Denis, maire de Saint-Fons (Rhône) est dans les murs de son entreprise, à 5 km de sa mairie. Pendant le déjeuner, ce patron-fondateur de 59 ans de Delta Service Location (matériel de chantier) réunit son staff à Corbas pour faire le tour des problèmes, humains, techniques ou commerciaux. Le reste de la semaine, il est joignable sur son mobile, par courriel ou il fait un saut, deux heures par ci, deux heures par là. " J'ai dû apprendre à m'organiser, explique cet élu local, déjà conseiller municipal en 1995. Quand j'ai déménagé ma société en 1997, j'avais choisi le terrain en fonction de sa proximité géographique avec la mairie ! ". L'édile sainfoniard a su roder son organisation. Comme tous ces entrepreneurs, cadres dirigeants ou managers de proximité qui se sont senti, un jour, une vocation de maire et qui, une fois ceints de l'écharpe tricolore ont cherché à résoudre très vite ce casse tête du double agenda. Alourdi d'une contrainte spécifique : leur second job s'exerce plutôt sur sept jours ouvrables que sur cinq et souffre peu de jours de congés.
Pour s'en sortir, il n'y a guère de secret, ces maires atypiques se déchargent au maximum
Confiance et délégation. Pour s'en sortir, il n'y a guère de secret, ces maires atypiques se déchargent au maximum. " Tout repose sur la délégation et la confiance ", résume Gérard Trémège, maire de Tarbes, ex député, et patron du cabinet d'expert comptable Sofec (130 salariés). Un objectif partagé par tous ses pairs : leur business doit pouvoir tourner au quotidien sans eux ! Ils s'accoutument donc à faire faire et à contrôler. Ainsi, Michel Denis a restructuré le fonctionnement de son entreprise autour de ses sept directeurs d'agence en France, et a créé un poste de DG qu'il a confié à son bras droit. La chose se complique un peu quand on n'est pas son propre maître. Comme Rose-Marie Falque, 57 ans, agent de maîtrise, responsable des importations dans une PME et maire d'Azerailles (Meurthe-et-Moselle) " Nous sommes quatre dans le service, polyvalentes sur pas mal de points. Cependant, mon poste étant lourd, j'ai réussi il y a peu, à obtenir une aide à temps partiel pour me soulager ".
Aller à l'essentiel. Autre impérieuse nécessité, se concentrer sur les dossiers stratégiques. " On renonce à son entreprise quelque part, avoue Michel Denis. Toutefois je continue à rencontrer les PDG des plus gros fournisseurs et des plus gros clients. Et c'est moi qui discute les gros investissements avec les banquiers ". Gérard Trémège, de son côté, a conservé le suivi des 10 clients phare. Mais il a dû, à son regret, abandonner son rôle d'expert fiscaliste dévolu à une nouvelle recrue. Moins présents, ces patrons tous deux à la tête d'un réseau d'agences, ont gardé certaines prérogatives afin de maintenir la cohésion des troupes. " Je tiens à évaluer moi-même tous les salariés, lors des entretiens annuels précise le maire de Saint-Fons. C'est une question de respect. Ils sont 70 et je consacre à chacun environ une heure et demie. Ce qui me prend tout le mois de janvier. " Il se réserve aussi la journée annuelle de la qualité. Le maire de Tarbes, lui, va à tous les comités d'entreprise, deux fois par mois, et aux séminaires, dans une ambiance festive.
" Je tiens à évaluer moi-même tous les salariés, lors des entretiens annuels. C'est une question de respect. "
L'épineuse question du planning. La répartition du temps doit-elle être à part égale ? Rigide ? Etanche ? Les cas de figure diffèrent. Certains vont tous les jours dans leur entreprise, plus ou moins longtemps - pour Gérard Trémège, c'est moitié-moitié. D'autres ne s'y rendent pas quotidiennement, mais potassent des dossiers professionnels le dimanche. La tendance est à privilégier un contact quotidien de visu avec l'équipe municipale. Serge Geoffroy, 48 ans, directeur de l'usine d'emballage EMS et maire de Saint-Clément de Régnat (Puy-de-Dôme) n'a pas totalement chamboulé son planning. Mais il l'a étoffé et allongé, et le vit de façon plus stricte, plus concentrée. Ainsi, il arrive au travail chaque matin à 6 heures " dès que le téléphone commence à sonner, afin de débroussailler le plus gros, la paperasse, jusqu'à 8h ". Puis, vers 11h45, il part à la mairie, faire le point une 30 à 40 minutes avec la secrétaire. Il repart en usine pour 13h15 jusqu'à 17h. " J'endosse alors ma fonction officielle, en recevant mes concitoyens sur rendez-vous, ou en visitant les chantiers ". À 18h, il est libre, sauf réunions, nombreuses. Surtout les dimanches, jours des associations, 12 pour une commune rurale de... 450 habitants !
Funambulisme. Rose Marie Falque, en Lorraine, joue davantage les funambules. Elle travaille à temps plein car son employeur y tient. Elle use de ses jours de RTT (deux demi-journées par mois) et ne finit guère ses journées ordinaires avant 20 heures, deux heures de mairie incluses. Sans omettre la consultation des mails de chez elle jusqu'à 22 h, les réunions intercommunales, les dossiers et obligations officielles du week-end. Pour gagner du temps, les maires patrons ou salariés, n'ont guère trouvé mieux que la ponctualité et le traitement des tâches au fur et à mesure.
Marie-Madeleine Sève
Des facilités pour exercer son mandat
Les maires salariés, fonctionnaires ou contractuels ont des droits :
un crédit d'heures trimestriel non rémunéré : de 105 à 140 heures selon la taille de la commune, à condition de le demander à temps à son employeur,
une indemnité mensuelle : de 632,85 euros (moins de 550 habitants) à 5397, 83 euros (+ de 200 000 habitants),un statut d'élu local protégé en entreprise,
la possibilité de suspendre de son contrat de travail la durée de son mandat.
Voir le site de l'association des maires de France : www.amf.asso.fr, rubrique : publications récentes, " Statut de l'élu local ".
Qui sont ces maires actifs dans le privé ?
Cadres : 4,56 % Cadres supérieurs : 2,21 %
Administrateurs de société : 1,44 %
Agents (assurance, immobilier, etc.) : 3,14 %
Contremaîtres : 0,8 %
Ingénieurs : 1,8 %
Patrons : 1,68 %
Ouvriers et employés : 5,4 %
Source, ministère de l'intérieur, au 1 décembre 2007 (36 659 maires)