L'autre versant de l'Amérique, avec des gens plus sympas mais un climat plus froid ? Mêmes grands espaces qu'aux-Etats-Unis, mêmes virées en voiture, mêmes barbecues du dimanche... Autant d'éléments auxquels il faut ajouter pour le Canada un filet social efficace, des systèmes d'éducation et de santé moins chers et une sécurité plus grande, le pays étant connu pour sa quasi-absence de violence due aux armes à feu, pour la plupart interdites dans le pays. Pas étonnant que de nombreux candidats à l'immigration veulent y poursuivre leur rêve... D'autant que la mobilité sociale est l'une des caractéristiques du pays.
Un ascenseur social qui fonctionne
Ainsi, selon les statistiques officielles de 2018, les immigrants économiques admis en 2008 avaient rattrapé, voire dépassé les Canadiens de souche en matière de revenu annuel. Ceux qui avaient connu l'augmentation la plus forte étaient nés en Iran (leur revenu passant de 16 000 dollars* un an après leur arrivée à 56 700 dollars dix ans après), en Egypte (de 18 600 à 59 400 dollars) et en Algérie (de 15 300 à 47 800 dollars). Les Britanniques, avec 91 000 dollars dix ans après leur entrée au Canada, étaient en haut du classement. De même, les natifs des Etats-Unis avaient connu une progression remarquable de leur salaire. Scott Gilmore, un ancien diplomate canadien devenu entrepreneur social, a d'ailleurs publié un essai, The American Dream has moved to Canada, en 2017, dans lequel il compare la mobilité sociale au Canada et aux Etats-Unis, en se concentrant sur l'accès à l'éducation. Un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) de juin 2018 appuie ses dires. Ainsi, les enfants de parents peu éduqués, quelle que soit leur origine géographique, sont nettement mieux lotis au Canada, puisque la proportion de ceux qui décrochent un diplôme universitaire est de 33 %, contre 15 % aux Etats-Unis et 17 % en France. Dans ces deux pays, la reproduction sociale est forte : 60 % des enfants issus de familles américaines éduquées ont un diplôme universitaire, et le taux grimpe à 68 % dans les familles françaises.
La mobilité se constate aussi en matière d'emploi : parmi les enfants de travailleurs manuels canadiens, beaucoup obtiennent un poste de manager, ce qui n'est pas le cas dans les autres pays de l'OCDE. Enfin, alors qu'en moyenne, il faut 4,5 générations pour que les descendants de familles à faibles ressources atteignent le niveau de revenu moyen de la population, il en faut 4 au Canada, contre 5 aux Etats-Unis et 6 en France... Et les Canadiens se classent 9e, derrière les pays scandinaves et la Suisse, parmi les 20 peuples les plus heureux de la planète, selon le palmarès 2019 du Forum économique mondial, tandis que les Etats-Unis sont 19e. La France, elle, n'est pas classée dans les 20 premiers...
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Evolution rapide
Liberté. Pour de nombreux immigrants, le rêve canadien se traduit par une évolution professionnelle plus forte et, surtout, plus rapide, que dans leur pays d'origine. "Je n'aurais pas eu les mêmes opportunités de développement au Mexique", indique ainsi Hector Morales, ingénieur service client pour l'éditeur de logiciels Centreon. L'ascension sociale des Morales avait commencé avec sa mère, née dans une famille de sept enfants et devenue médecin. Célibataire, elle a payé les études d'informatique de son fils au Canada. "J'ai décidé de rester sur place après mes études. Je ne m'inscrivais plus dans la réalité mexicaine", explique-t-il. Une réalité dans laquelle les réseaux familiaux jouent à plein pour décrocher un job. "Ici, on peut se faire tout seul, souligne-t-il, ou trouver des appuis auprès des services de l'Etat." Informaticien, il a connu une diversité de postes et travaillé également en freelance. Cette liberté fait qu'aujourd'hui il se sent plus heureux au Canada.
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* 1 $CAD = 0,68 euros
