Alors que le gouvernement a annoncé la signature du 100 000e contrat nouvelle embauche (CNE) le 14 octobre, un nouveau coup vient d'être porté au dogme du travail à durée indéterminée. Syndicats et patronat ont arrêté, le 13 octobre, leurs discussions sur l'emploi des seniors avec le projet de créer un contrat à durée déterminée (CDD) réservé aux chômeurs de plus de 57 ans. En un an, le marché du travail a vu naître une série de nouveaux contrats (voir l'encadré), tous destinés à offrir plus de flexibilité aux entreprises et d'opportunités aux demandeurs d'emploi.

Point commun de ces «innovations»: le contrat est ciblé sur une catégorie d'employeurs - très petites entreprises ou secteur public et associatif, par exemple - ou de population exclue de l'emploi, comme les jeunes ou les chômeurs de longue durée. Certains voient s'y dessiner en filigrane la fin du contrat à durée indéterminée (CDI), jusqu'ici symbole de toute carrière réussie. «Il s'agit plutôt de l'institutionnalisation d'un marché de l'emploi à deux vitesses, estime l'économiste Bernard Gazier. D'un côté, des catégories dévalorisées qu'on s'efforce de rendre moins chères avec des contrats dérogatoires; de l'autre, des salariés productifs pour qui le CDI restera la norme.»

Sur les 22 millions de Français aujourd'hui salariés, une écrasante majorité - 19 millions - le sont encore avec un CDI. Mais le contrat à durée indéterminée représente toujours une minorité des offres d'emploi (30% de janvier à septembre 2005, ANPE) et des embauches (30,5% en 2003). La tendance est donc à la remise en question d'une formule censée assurer au salarié, en échange de son travail, une rémunération mensuelle, une certaine stabilité et employabilité (via la formation).

Premiers concernés: les jeunes et les seniors. D'après l'étude Génération 2001 du Céreq, 64% des jeunes sortis du système éducatif il y a quatre ans sont entrés dans la vie active avec un contrat de travail temporaire (CDD, intérim, contrat aidé ou saisonnier). Chez les plus de 50 ans, les recrutements en CDD représentaient, en 2002, près de 70% du total des embauches. Par ailleurs, la part des plus de 50 ans chez les intérimaires aura sans doute doublé en dix ans (6,1% en 2003, contre 3,9% en 1995). Les nouveaux contrats ne feront qu'amplifier ce phénomène: une entrée et une sortie de la vie active sous le signe de la précarité. Le pari du gouvernement est clair: que la flexibilité facilite l'accès au CDI. Et les syndicats, mis à part leur dénonciation unanime du CNE, semblent prêts à jouer le jeu.