7h, connexion immédiate. Le réveil sonne. Encore en pyjama, il file s'installer derrière son bureau pour allumer son ordinateur et " checker " ses mails. Après la douche, il avale un café en vitesse et vérifie que les batteries de son téléphone portable sont bien chargées. Il répond à quelques SMS, et prépare dans son esprit " la guerre de la journée ", afin d'optimiser au mieux son temps, entre impératifs professionnels et personnels : rendez-vous commerciaux, dossiers pour le boss, enfants, coiffeur, vacances à organiser...

8h, une bulle à soi dans les transports. Arrivé à sa station de métro ou de bus, il attrape un journal gratuit avant de monter dans la rame. Et s'isole des autres passagers en se branchant sur son MP3, baladeurs aux oreilles. Tout à son univers musical intime. Parfois, il ouvre déjà un ordinateur portable, s'il est assis.

9h, son PC, sa plante verte et lui. Sorti de l'ascenseur, il traverse l'open space pour rejoindre son bureau. Surveille le ficus qui égaie son environnement, regarde l'affichette au mur du dernier Clint Eastwood. Puis allume son ordinateur, et retrouve les photos de ses enfants (ou d'une soirée avec ses amis) en fond d'écran. Seules notes personnelles dans un océan de neutralité. Sa mère l'appelle, il dit " maman, ce n'est pas le moment ". Tout le monde a entendu.

Juqu'à midi," multitasking ". Après s'être concentré sur des dossiers clients, il fait plusieurs choses à la fois, dans divers univers et à un rythme désynchronisé. Exemple, en réunion avec des collaborateurs, il surveille d'un oeil ses mails, repère qu'on le " poke " pour devenir son ami sur facebook. Il voit arriver le devis du voyagiste pour ses prochaines vacances. Dès la réunion suspendue, il répond illico au devis.

13-14 h, " junk food ". Il se fait livrer des sushi sur place. Solitaire derrière son bureau, il picore tout en surfant sur Internet pour réserver un billet de concert ou acheter des lunettes de soleil en ligne. Il envoie des SMS à ses copains. S'il sort, il achète puis grignote dans la rue des salades baignant dans l'huile ou des nouilles. Identiques à celles qu'avale à plus de mille kilomètres un cadre chinois ou américain. Son objectif du moment : faire ses courses pour le dîner ou récupérer son costume au pressing. Le côté alimentaire est anecdotique.

Début d'après-midi, " conf call ". Il participe à la visioconférence d'une heure prévue avec les partenaires américains pour avancer le projet en cours. Lorsqu'il n'est pas concerné, il envoie des SMS tous azimuts. Dès qu'il sort de la réunion, il écoute les messages de son mobile tout en se précipitant pour ouvrir sa boîte électronique. Puis il va chercher une aspirine. La salade et les nouilles de midi sont indigestes !

15h30, machine à café. Avec ses collègues du service voisin, ils se parlent des mails qu'ils viennent de s'envoyer. " Tu as lu le dernier parti à 15 h07 ? ". Ils se concertent pour créer sur l'intranet une communauté spécifique aux ingénieurs du projet Z. Les échanges d'informations iront plus vite. C'est sa première conversation " physique " de la journée.

Après 16h, e-learning et réunions. Petite formation à distance pour progresser en anglais. Puis tunnel de réunions. Son mobile est mis sur vibreur et il échange des textos avec le voisin qui s'ennuie. De retour à l'open space, il lit ses mails. Son chef lui a envoyé 5 messages sur 5 sujets différents, en mettant en copie 25 personnes de l'entreprise. Dont un, tout juste tombé, lui réclamant un rapport. Alors que son bureau de ministre est à... cinq mètres de là.

19h15, départ et " zones de transit ". Sur le trajet, il court acquérir la bouteille de vin qu'il a oubliée, le caviste ferme à 20 heures. Dans les couloirs du métro ou de la gare, il achète un bouquet de fleurs, une BD. Sa mère l'appelle sur son mobile, il peut enfin répondre. Une fois installé dans le wagon, il évacue sa journée. Tapotant son mobile ou son palm, il observe les gens autour de lui.

20h30, reconnexion chez soi. À la maison il décompresse mais se rebranche. Il regarde un DVD sur son ordinateur et non pas un film sur l'écran plat de sa télévision. Ou il écoute de la musique sur son ipod et non pas sur sa chaîne hi-fi. Enfin, avant de se coucher, il répond énervé et fatigué à ses mails. Demain, il le regrettera. Les messages écrits à minuit, sont souvent de mauvais messages.

(1) Mobilife, étude menée fin 2008 par l'agence de marketing CLM BBDO. Interview de 100 cadres, âgés de 20 à 55 ans, en majorité urbains et se déplaçant plus de 9 heures par semaine, et plusieurs fois par an à l'étranger.

À chaque mode de transport, une manière de vivre son trajet.Pour l'hypermobile, la dimension émotionnelle est plus forte que l'efficacité réelle du véhicule. Il choisit.Le train évasion. Un espace " cool " où l'on peut faire des choses, sans le stress préalable de l'embarquement. Un lieu dans lequel on peut voyager avec ses enfants et partager avec eux : discussions, jeu de société etc.Le scooter papillon. Le moyen le plus rapide et le plus souple pour se déplacer, mais on ne peut rien faire d'autre pendant ce temps.L'avion parenthèse. Un espace où le tohu-bohu s'arrête. Le téléphone doit être éteint. Hors du temps, hors connexion, c'est l'un des rares moments où l'on n'est pas joignable par son patron.La voiture bulle. Des pauses réparatrices dans une " vie de dingues ". Une prolongation de son chez-soi, avec des affaires personnelles avec un sentiment de liberté. Une sphère d'intimité, un sas entre maison et bureau.