Renault connaîtra-t-il la même tourmente que Volkswagen? Les conclusions de l'enquête de la répression des fraudes (DGCCRF) sur les tests d'homologation de certains de ses moteurs ne sont pas à l'avantage du constructeur.
C'est Libération, qui a révélé, mardi soir, les premiers éléments du procès-verbal dressé par la DGCCRF. "La société a utilisé une stratégie ayant pour objectif de fausser les résultats des tests anti-pollution", rapportent les enquêteurs.
Dans la foulée du scandale Volkswagen, une commission d'experts indépendants avait constaté d'importants dépassements des seuils de pollution de certains véhicules diesel vendus en France par plusieurs constructeurs, dont Renault, et demandé une enquête, en janvier.
Des dépassements de seuil de 300% à 377%
Le dispositif constitue à optimiser les performances moteur du véhicule pendant la durée des tests afin d'en réduire les émissions de Nox, pour que celles-ci respectent les limites autorisées. L'enquête du gendarme de Bercy se concentre sur les moteurs diesel Euro 5 et Euro 6, homologués à partir de septembre 2009. Le document met en lumière des écarts entre les performances au moment de leur homologation en laboratoire et leur utilisation en conditions réelles. Les modèles Renault Captur et Clio IV, notamment dépasseraient le seuil réglementaire d'émission de dioxyde de carbone respectivement de 377% et de 305%.
"Des stratégies frauduleuses" depuis plus de 25 ans
Mais le procédé est plus ancien, révèle l'enquête de la DGCCRF, selon l'AFP qui y a eu accès. Certaines pratiques remontent à 1990, d'après le témoignage d'un ex-salarié recueilli par le gendarme de Bercy. Même les moteurs à essence des Clio en auraient faut usage.
Les perquisitions alors effectuées au siège de l'entreprise à Boulogne-Billancourt ont aussi permis aux enquêteurs de mettre la main sur des courriers internes. Comme ce mail échangé fin 2015 entre la directrice des affaires juridiques, celle de la communication et le responsable des relations institutionnelles qui "atteste de la mise en oeuvre de stratégies frauduleuses depuis plus de sept ans".
Renault dément
La compagnie a rejeté aussitôt les accusations de Libération et dénoncé un article "déséquilibré". "Aucun de ses services n'a enfreint les règles, européennes ou nationales, relatives à l'homologation des véhicules", indique un communiqué. "Les véhicules Renault ne sont pas équipés de logiciels de fraude aux dispositifs de dépollution", ajoute le constructeur.
Le groupe Renault "n'entend pas commenter une instruction en cours" a-t-il réagi, indiquant qu'à ce stade il n'avait pas accès à la procédure, "confidentielle par nature".
"Renault ne triche pas (...). Tous les véhicules ont été homologués conformément à la réglementation en vigueur", réitère dans l'après-midi le numéro deux du groupe automobile français, Thierry Bolloré. Il réaffirme que les véhicules de la marque "ne sont pas équipés de logiciels truqueurs".
L'action Renault à la baisse
L'action Renault a reculé de 3,67% à 82,20 euros après ces révélations. Mi-janvier, l'action Renault avait déjà dévissé après l'annonce de l'ouverture de l'enquête de la DGCCRF, dégringolant jusqu'à 76,14 euros.
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Dans le sillage de Renault, Peugeot a cédé 0,36%, la troisième plus forte baisse de l'indice parisien. Sans grande surprise puisqu'une série de tests antipollutions lancée par le ministère de l'Ecologie, l'an dernier mettait en exergue les mauvais résultats de tous constructeurs sur le diesel.