La finale de Top Chef 2015 avait beau avoir un goût d'amertume pour les déçus du départ d'Olivier en demi-finale, elle n'en est pas moins belle. Direction Deauville où se joue l'ultime combat. Dans un coin du ring, Kévin D'Andrea, 23 ans, le playboy à la mèche fixement érigée. De l'autre côté du ring, Xavier Koenig, 19 ans, trois poils sous la lèvre inférieure et plus jeune candidat à atteindre la finale. Leur lutte se fait autour d'un menu gastronomique pour cent bénévoles de la Croix Rouge, ainsi que le jury (Jean-François Piège, Michel Sarran, Philippe Etchebest, Hélène Darroze). Au gong final, c'est l'audace qui l'a emporté. Xavier est désormais le détenteur du titre de Top Chef 2015.

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Le générique commence: on revient sur l'ensemble des candidats éliminés depuis le début. Florian, Julien, Vanessa, Martin, Olivier... On pourra dire ce qu'on voudra, ce dernier aura marqué les téléspectateurs.

Kévin et Xavier arrivent, le regard sombre, les yeux cernés, à pieds et sous la pluie dans l'Hôtel du Golf de Deauville où ils vont s'affronter. Genre Gladiator, en somme. Stéphane Rotenberg les accueille -oui, il a encore un rôle dans l'émission. Puis les anciens candidats arrivent pour être sélectionnés dans les équipes des finalistes. Kévin choisit Olivier, Adel, Jean-Baptiste et Vanessa. Xavier opte pour Julien, Martin, Jérémy et Florian. "Je suis le dernier à être choisi", rappelle-t-il.


Et c'est parti pour un menu complet: entrée, plat et dessert. Enfin presque. D'abord, on fait un retour en vidéo sur le parcours de Xavier, avant de le retrouver avec son équipe en cuisine. Et là, il y a comme une gêne. "Je ne sentais pas Xavier serein", avance Jérémy. "On voit bien qu'il n'a pas l'habitude de gérer une brigade", poursuit Martin. "Pour moi, c'est une grande première de gérer quatre commis", avoue Xavier. "Il est paniqué", résume Jérémy.

Kévin, lui, a déjà plus d'expérience et a géré des équipes. "Je suis venu pour gagner", rabâche le candidat dans la vidéo de présentation. Il a tout préparé sur un fichier Excell. Genre pro. "Je pensais pas qu'il était aussi carré que ça", sourit Jean-Baptiste. "Y'a des heures partout et des couleurs partout, pfiuuuuu" souffle Adel. "On est dans la cuisine, dans la hiérarchie, côté militaire", résume Vanessa. "J'aurais été déçu autrement", sourit Olivier, qui est sur la sauce: "J'adore goûter la sauce."

"C'est un choix stratégique"

"Il a commandé des oignons de Tchernobyl, rigole Olivier devant la taille des légumes qu'il doit ciseler. En revanche, s'ils me font pleurer..." le maquillage va couler, c'est sûr. Philippe Etchebest vient aux nouvelles et semble impressionné par l'organisation de Kévin. Il faut dire qu'il a fait un Lutin avec images des plats, fichiers Excell couleur... "Il est parti sur des choses simples, c'est un choix stratégique, mais attention à la réalisation technique et aux assaisonnements", prévient le chef Etchebest. "Aujourd'hui c'est le public qui vote, j'ai fait un menu pour lui", rétorque Kévin. "Y'a Etchébess qui est passé à côté de moi", sourit Adel, qui a toujours du mal à prononcer le nom du juré. Même problème pour Florian: "J'ai jamais réussi à prononcer son nom! Je l'appelle Philou."

Côté Xavier, maintenant. "C'est la finale, Xavier, je suis très fier que tu sois là", annonce le chef Etchebest au jeune candidat. Une fois les plats présentés, il félicite la prise de risques. "Quand on a 19 ans, c'est là qu'il faut prendre des risques, affirme le juré. Mais comment gère-t-il sa brigade?" Xavier avoue qu'il a laissé le choix du poste aux commis. "S'il veut que son menu soit comme il l'a imaginé, il faut qu'il s'affirme. Et c'est pas le cas." Alors il pousse Xavier à demander à Jérémy de mettre un tablier. Vous la sentez, la pression?

Jérémy au bouillon thaï

Retour chez Kévin, mais avec Michel Sarran cette fois. "Ma mission, c'est faire du saumon, rime Olivier, qui retire les arêtes à la pince. C'est vraiment pas mon truc. Je pense que je ne mangerai plus de saumon de ma vie." Hop, retour chez Xavier, où le bouillon thaï est, logiquement, préparé par Jérémy.


Xavier tente de faire l'oeil doux à Olivier, dans l'équipe adverse. On sent bien qu'il aurait tellement aimé avoir son ami dans son équipe.

Adel en bave avec les cannelloni. "Je vais plus manger de pâtes pendant deux mois." Jean-François Piège arrive mettre un peu de pression: "Vous êtes en retard! T'es pas arrivé là pour échouer en finale, Kévin!" "Psychologiquement, c'est dur à encaisser. Je flipouille", avoue le finaliste. "Le chef Piège, on la lui fait pas", souffle Adel.

"On va manger Bambi"

Xavier a choisi du chevreuil: "On va manger Bambi." Il a plusieurs fois prouvé qu'il aimait travailler le gibier. "T'es bien Alsacien, toi, sourit le chef Piège. Mais tu vas pouvoir en faire pour 100 plats?" Il la prépare avec un "jus de chevreuil". "Ta sauce, c'est pas une sauce, c'est une base, reprend le juré. Le chevreuil, ça se mange pas avec quelque chose de liquide." Coup de pression. Avec Julien, ils enrichissent avec du beurre et du chocolat pour lier. "Bravo les gars", narre le chef Piège en voix off.

Hop, au tour d'Hélène Darroze, qui vient surveiller les desserts. Notamment la glace au pop-corn de Kévin. Puis l'avocat-pamplemousse de Xavier.

Cent bénévoles et quatre chefs pour juger

Enfin, les bénévoles arrivent dans le restaurant. Signe qu'il ne reste que 30 minutes de préparation aux équipes. Pression au niveau maximal. Les premières entrées partent en salle, et pour la table du jury. Foie gras poêlé au bouillon thaï et légumes croquants pour Xavier, saumon confit et betterave fumée pour Kévin. "On reste sur un bon bouillon, mais ce n'est pas thaï", assène Philippe Etchebest. Les trois autres chefs acquièscent. Au tour de l'entrée de Kévin. "Belle harmonie de couleur", hésite le chef Etchebest. La poudre fumée est estimée "un peu agressive". Le plus jeune des finalistes semble avoir un peu d'avance. "Les critiques des chefs, c'est bien, mais il y a 100 autres dégustants", rappelle Xavier.

Place aux plats. Chevreuil, betterave et châtaignes pour Xavier; purée d'échalote confite, cannelloni et veau (ou du boeuf selon Kévin, qui s'emmêle un peu). La sauce du chevreuil a été "bien rectifiée", le dressage est "moderne" mais "l'intention est archaïque". Le chevreuil est "trop cuit". "Tout de suite, c'est sec", se désole le chef Etchebest. Pour le plat de Kévin, l'association purée-pâtes gêne un peu. Or les subtilités plaisent. Et c'est ce plat qui semble s'en sortir le mieux auprès des chefs.

Aux cent bénévoles de voter et noter

Enfin, les desserts: avocat pamplemousse pour Xavier, croquant chocolat et glace pop-corn pour Kévin. Chaque candidat rappelle avec émotion ce que le concours a fait pour eux. Grandis, ils attendent le verdict désormais. Mais avant, le vote des chefs est découvert: Xavier 14 points, Kévin 26 points. Cette finale a été tournée en décembre. Les finalistes ont attendu jusqu'au 31 mars pour connaître les résultats.

Quatre mois après la finale, les voici dans leur environnement: les chefs Piège et Etchebest se rendent chez Xavier dans le restaurant où il travaille pour le chef Laurent Arbeit, à Sierentz; les chefs Sarran et Darroze apportent les résultats à Kévin chez sa mère, à Bormes-les-Mimosa. Les couteaux sont là, scellés par huissier.

Le public changera-t-il la donne? Et bien oui. Kévin tire la lame orange, celle du perdant. Xavier est donc le Top Chef 2015, avec 62,23% des voix -ce qui lui permet d'empocher un chèque de 62.230 euros. "Si on m'avait dit que le commis que j'ai choisi dans Objectif Top Chef serait là, j'aurais signé de suite, soulignait Philippe Etchebest à Xavier, à Deauville. C'est énorme ce que t'as fait. La route est longue, t'as un potentiel extraordinaire. Je suis fier de t'avoir choisi." "Durant tout le concours, tu es celui qui nous a donné le plus d'émotions", ajoute Jean-François Piège, à Sierentz.

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Si le concours 2015 est terminé, il reste encore une émission sous le signe de Top Chef. La semaine prochaine, c'est le "Choc des champions", à savoir Xavier Koenig contre Pierre Augé (qui l'avait emporté l'an dernier face à Jean Imbert). Qui remportera la dernière bataille, cette fois arbitrée par les téléspectateurs?