Comment avez-vous découvert Alain Bashung ?
J'ai découvert Bashung pour la première fois quand mes parents dansaient sur Gaby Oh Gaby à la maison. Mon premier souvenir est donc cette chanson rock surréaliste, très entraînante, où le français semblait complètement libre, et la voix à la fois malpolie et élégante.
Qu'est-ce qui vous séduit chez lui ?
Son utilisation de la langue française me plaît énormément ; il a su en faire une langue rock, une langue pop, sans maniérisme, toujours avec une grande force poétique. Quand je pense à lui, je pense surtout à ses textes et à la façon qu'il avait de les interpréter. C'est pour moi un artiste populaire et exigeant.
Et musicalement ?
Je suis attachée à Bashung comme beaucoup, pour sa musique qui était d'une modernité folle. Il n'y a pas si longtemps, à une soirée, j'ai cru reconnaître une chanson que je ne connaissais pas de lui, et c'était en fait King Krule [chanteur, compositeur et musicien anglais]. La voix et les chansons audacieuses de Bashung, on les retrouve en négatif dans des compositions de musiciens, qui n'étaient encore que des gamins quand il est mort...
Pourquoi avoir repris Osez Joséphine ?
"Et que ne durent que les moments doux", c'est l'exemple d'une langue qui s'amuse sans jamais être pédante, et qui du coup sonne, encore aujourd'hui, et pour tout le monde. J'aime la simplicité frondeuse de cette chanson, son beau titre au féminin, et quand j'ai pensé reprendre Bashung, je me suis aussitôt tournée vers elle. Je crois que j'avais envie d'articuler le texte, de le faire entendre avec presque rien autour, de mettre en valeur la beauté très rythmique des paroles. Ça rebondit, c'est galvanisant, ça colle au propos, qui est celui d'une libération. J'écoute plus de pop anglo-saxonne que de chanson française, mais Bashung a su faire avec Osez Joséphine un vrai tube de pop music, sans renoncer aux images.
Il y a une vraie jubilation à chanter ce titre, parce que l'original est efficace et dans toutes les mémoires ; donc je me sens à chaque fois comme une interprète pure, une passeuse, ce qui est très enthousiasmant et assez différent de lorsque je défends mes propres compositions.
Qu'est-ce qu'une bonne cover pour vous ?
Le choix des reprises n'est jamais anodin ; c'est pour rendre hommage, mais aussi pour dessiner en creux son propre univers.
Personnellement, j'envisage chaque reprise comme une vraie réinterprétation. Il y a beaucoup de chansons que j'aime et admire, mais je ne touche qu'à celles qui me semblent pouvoir appeler une autre interprétation, un autre débit, un autre univers.
Je suis donc souvent dans un vrai travail de refonte de la chanson ; j'omets parfois quelques phrases pour en garder d'autres, j'échange le refrain d'origine pour un autre d'un artiste de hip hop américain, je modifie le tempo, etc. Je m'autorise de vraies libertés avec la chanson originale, sans doute parce que j'ai grandi avec une culture du sampling, du collage, de la citation (notamment via le rap américain) qui décomplexe mon approche par rapport à des oeuvres originales que je peux pourtant révérer.
