Producteurs, investisseurs, mais aussi politiques, députés, ministres... Après le sacre de Roman Polanski aux César, Virginie Despentes s'attaque au monde du cinéma français, mais pas seulement. Dans une tribune publiée par Libération, l'écrivaine dit avoir "envie de chialer de rage et d'impuissance depuis votre belle démonstration de force".
LIRE AUSSI >> Les César 2020 consacrent l'extraordinaire impunité de Roman Polanski
Selon elle, les puissants ont refusé le récit des victimes, des "opprimés" car "où serait le fun d'appartenir au clan des puissants s'il fallait tenir compte du consentement des dominés ?"
Virginie Despentes qualifie alors le prix donné à Polanski de "grotesque", "insultant", "ignoble", mais "pas surprenant." "Vous serrez les rangs, vous défendez l'un des vôtres, écrit-elle encore de sa plume franche. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les médias vous appartiennent".
"Les puissants aiment les violeurs"
"Vous exigez le respect entier et constant, poursuit-elle. Ça vaut pour le viol, ça vaut pour les exactions de votre police, ça vaut pour les césars, ça vaut pour votre réforme des retraites. C'est votre politique : exiger le silence des victimes."
"Alors tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but : vérifier le pouvoir absolu des puissants. Et les puissants aiment les violeurs", écrit encore l'écrivaine, elle-même victime de viol. "On accuse le politiquement correct et les réseaux sociaux, comme si cette omerta datait d'hier et que c'était la faute des féministes mais ça fait des décennies que ça se goupille comme ça : pendant les cérémonies de cinéma français, on ne blague jamais avec la susceptibilité des patrons", dénonce-t-elle, prenant la défense de Florence Foresti, la maîtresse de cérémonie qui s'est dite "écoeurée" après la cérémonie, et d'Adèle Haenel qui a quitté la salle avec ce mot à la bouche : "La honte".
"Je donne 80% de ma bibliothèque féministe pour cette image-là [...] Vous n'aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse", appuie la romancière. "C'est probablement une image annonciatrice des jours à venir."