Dix jours après l'annonce de la déprogrammation u concert d'Orelsan aux Francofolies, la polémique n'en finit plus de rebondir. Politiques, artistes, organisateurs s'expriment dans les médias et sur les scènes du festival rochelais et soufflent sur les braises.

Cali, Olivia Ruiz, Christophe Maly (Tryo) ont pris publiquement la défense du rappeur et regretté l'annulation de son spectacle. La Femme chocolat lui a même dédié le sien, samedi soir, devant les 10 000 spectateurs de la Grande Scène Saint Jean D'Acre. Cali a lui annoncé dans un communiqué qu'il boycotterait désormais le festival avec des mots très durs : "Avec cette terrible décision, les Francos de la Rochelle, [...] le festival qui m'a personnellement tout donné, se discrédite totalement. [...] Pour ma part, je boycotterai, avec tristesse mais conviction, tous ces lieux muselés. C'est le prix de la liberté. »

Le fondateur des Francofolies, Jean-Louis Foulquier, lui, a relancé la thèse d'une intervention de Ségolène Royal et d'un chantage aux subventions auprès de la direction de la manifestation rochelaise : "Ségolène Royal est l'instigatrice de cette affaire. Elle a tenu le rôle de maître chanteuse." Jean-Louis Foulquier a exhorté Gérard Pont "à dire la vérité afin de ne pas porter le chapeau pour les autres".

Interrogé le 4 juillet sur les raisons de l'annulation d'Orelsan, le directeur du Festival avait pourtant démenti une pression de la part de la présidente de la région Poitou-Charente : "Comme je ne voulais pas d'un concert avec des cars de CRS j'ai préféré annuler le spectacle. J'ai pris cette décision seul, sans aucune pression de la part de Ségolène Royal. J'assume ce choix qui n'a rien à voir avec de la censure."

"On ne mettra pas les pieds là-bas"

A La Rochelle, l'idée - soutenue par Jean-Louis Foulquier - d'une reprogrammation du rappeur le 14 juillet fait son chemin. Contacté par LEXPRESS.fr, Vincent Demarthe, manager d'Orelsan, affiche un refuse catégorique: "Tant que les Francos ne tiendront pas un message clair, on ne mettra pas les pieds là-bas. Dans cette histoire quelqu'un ment. Nous avons la certitude que Ségolène Royal a répondu à des organisations féministes et leur a dit qu'elle avait demandé la déprogrammation d'Orelsan. Par ailleurs, nous n'avons jusqu'à maintenant eu aucun contact direct avec Gérard Pont."

Le manager du rappeur déplore une problématique globale : "La vraie question est : quelle est aujourd'hui l'indépendance des programmateurs de salles et de festivals dont le financement repose sur les subventions des collectivités locales ? Est-ce que cet argent sous entend que les financiers doivent avoir un droit de regard sur la programmation en fonction de leurs lignes de pensée ? La réponse est non. Nous voulons avoir ce débat avec le ministre de la Culture dont nous regrettons la réaction [interrogé vendredi par LEXPRESS.fr sur la polémique, Frédéric Mitterrand avait répondu : « Orelsan ? Connais pas »]. Nous préférons celle de Jack Lang ». L'ancien ministre a déclaré : "Ce retrait est une forme de censure morale", il "s'inscrit dans un contexte plus général, qui voit ressurgir ici ou là, venant de municipalités ou de régions de gauche et de droite, des comportements qui tendent à instaurer une sorte de pensée unique, d'ordre moral."