Après avoir dévoilé le sublime et désormais très connu Video Games, Lana Del Rey a sorti début 2012 son premier album, Born To Die. Escroquerie pour certains, révélation pour d'autres, l'album se vendit très bien, si bien que quelques mois plus tard une nouvelle édition vit le jour, nommée Paradise, contenant Born To Die agrémenté de huit chansons plus ou moins inédites. Une série d'opérations qui valut à la nouvelle venue un succès qui n'a rien d'anodin, cette dernière sachant très bien comment user (et abuser) de son image de diva langoureuse comme tout droit sortie d'un film. Et la musique dans tout cela? Car après tout, c'est pour ça que je suis là...

Un premier avertissement est de rigueur avant d'entamer la lecture de cette chronique: chers lecteurs, sachez qu'aucune chanson dans Born To Die ni dans Paradise n'égale Video Games. Vous vous en souvenez sans doute: une voix profonde et lascive se posant délicatement sur des accords simples au piano alors que des images amateur défilent sur tous les écrans... cette chanson-là est ce que Lana Del Rey a fait de mieux. Le reste est très inégal, passant de commun et grotesque à sublime et langoureux.

L'auditeur, l'ennui et la pop

Les chansons de Born To Die peuvent être classées en plusieurs genres: il y a tout d'abord les hymnes planants, catégorie que contient notamment la chanson-titre ainsi que quelques autres pistes - Summertime Sadness, Dark Paradise, Video Games ou encore Carmen. Parfois caractérisé comme du "sadcore", c'est ce style mélancolique, simple et planant qui a fait le succès de Lana Del Rey. Et pour cause, sa voix s'adapte parfaitement à ce genre de ballades, parvenant à transformer des compositions à la base ennuyeuses en moments de ravissement, à l'exemple de la très belle Million Dollar Man. Beaucoup de chansons de l'EP Paradise fonctionnent de la même manière, ce qui en fait un supplément dispensable en bien des manières car - hélas ! - trop de langueur tue la langueur.

Il arrive que certaines chansons à la veine plus pop viennent sauver l'auditeur de l'ennui. C'est classique, parfois bien réussi (Off To The Races) mais parfois carrément mauvais (National Anthem). Dévoilant une nouvelle palette, Lana se risque à un style de chant plus parlé et parfois plus haut, comme sur Off To The Races. Parlons-en: peu originale, cette chanson est sauvée par un refrain irrésistible sur lequel Lana pose une voix d'enfant, presque naïve, jouant avec les aigus comme sur le refrain de la très connue Blue Jeans. Suivant directement Video Games, Diet Mountain Dew et National Anthem forment un "mauvais noyau" de l'album que rien ni même la voix de Lana ne parvient à sauver: Diet Mountain Dew n'a de bon que sa boucle vaguement inquiétante au piano, tandis que National Anthem ressemble à une parodie de chanson pop et R'n'B. Brrr... Sauvées momentanément, nos oreilles subiront une nouvelle agression avec le narcotique Radio, cumulant à elle seule tous les défauts des chansons planantes de Lana.

Il y a peu à sauver dans la

Dans les autres titres notables de Born To Die et Paradise, on pourra noter Carmen, un portrait musical dont certains airs et orchestrations rappelleraient presque des airs d'opéra. Lascif et d'une tranquille grandiloquence, ce moment fort de Born To Die atteint son sommet lors d'un pont formé d'accords et de mots en français: "Mon amour... je sais que tu m'aimes aussi... tu as besoin de moi..." c'est simple et pourtant ça marche. Dans l'édition Deluxe de Born To Die, Lolita fait office de "soeur" de Carmen, en plus électro et beaucoup moins intéressante. L'album se clôt sur This Is What Makes Us Girls, ballade pop sucrée, plutôt réussie sans être un moment fort non plus. Pourquoi avoir choisi ça pour clore ? Un mystère...

Comme je l'ai déjà dit, il y a peu à sauver dans Paradise: Ride rappelle Born To Die et possède un refrain magnifique, alors que Body Electric instaure une ambiance mystique que ne connaissent pas ses consoeurs. Gods And Monsters possède des paroles plus qu'intéressantes alors que Yayo parvient à instaurer une ambiance romantique et légère dans la plus grande simplicité.

Il aurait fallu virer une bonne partie des chansons

En conclusion, que faut-il retenir de Born To Die et - plus généralement - de Lana Del Rey ? Une voix que je considère comme hors du commun, des ambiances extraordinaires... l'art de tout faire avec trois fois rien. Quant à l'artiste et à sa maîtrise extrême de son image comme de la diffusion de ses titres, elle est discutable mais n'a pas sa place dans cette chronique pour laquelle j'ai tenu le plus possible à mettre l'accent sur la musique et l'univers romantique et décadent que Lana Del Rey a créé et dont elle s'est faite narratrice. Il aurait fallu virer une bonne partie des chansons de Born To Die et Paradise pour en faire un excellent album. Voici donc ce que j'aurais gardé:

Born To Die (selon Elore Cohlt):1. Born To Die2. Off To The Races3. Blue Jeans4. Video Games5. Dark Paradise6. Carmen7. Million Dollar Man8. Summertime Sadness9. This Is What Makes Us Girls10. Ride11. Body Electric12. Gods And Monsters13. Yayo

Le reste n'est que garniture.