La 32e édition des Francofolies de La Rochelle s'est achevée dimanche sur le concert tonitruant des Insus, les ex-Téléphone Aubert, Bertignac et Kolinka rejouant les grands moments du groupe incandescent et historique du rock Français. Un concert marqué par des idées claires - une tournée archi sold-out - et des cheveux blancs - mais les sexygénaires ont sauté en l'air comme au bon vieux temps.

Les Francos avaient commencé le 13 juillet dans l'électro et la bonne humeur avec la "Ed Banger House Party" animée par Pedro Winter externalisée à la Sirène, première d'une série de Nuits Collectives extrêmement réussies. Mais aussi les shows colorés de Mika ou Brigitte ré-habillant de glamour et de sophistication frivole le répertoire de Daniel Balavoine (Henri, Brigitte et Daniel).

D'autres spectacles pour les kids attiraient sur la grande scène Jean-Louis Foulquier les jeunes fans de Louane et de Maître Gims et leurs parents. Tandis que les spectateurs "conscients" assistaient à la fable contemporaine de Frère Animal, la confrontation dans une ville sinistrée par le chômage de deux frères, l'un jeune marié gay, l'autre entraîné dans un parti d'extrême droite à sa sortie de prison. Le tout emporté par les belles envolées mélodiques de Florent Marchet et d'Arnaud Cathrine - Lavilliers joue le père. C'était avant le drame de Nice.

Sidération

Après, Les Francofolies, saisies par l'émotion, ont basculé dans la sidération. Que faire? Que dire? Comment réagir sur scène? Une minute de silence a été respectée sur tous les spectacles, mais le show must go on, même le coeur de travers, la gorge serrées.

Les chansons les plus fortes comme les plus légères trouvaient un autre sens - Sauver l'amour, de Balavoine, glamourisé avant le drame, n'avait pas fait l'unanimité. Le lendemain, si le festival revenait sur cette légèreté apportée par Brigitte, c'est que toutes les chansons prenaient tout à coup un autre écho.

Bernard Lavilliers a interprété La Peur (1979) avec une rage contenue, débitant à la suite les textes politiques denses et coups de poing de son album-concept Pouvoirs (1979). Avant d'introduire ses classiques de reggae et samba. La création s'est achevée sur le solennel Est-ce ainsi que les hommes vivent? d'Aragon.

Miossec, dont le dernier album, Mammifères, est habité par les attentats de 2015, laissait le symbolique Après le bonheur conclure un concert d'écorché vif. Et Les Insus dédiaient La Bombe Humaine aux victimes du "massacre de la baie des Anges" (Jean-Louis Aubert).

La sécurité dans les festivals a été évoquée avec Audrey Azoulay, lors de son passage le 16 juillet à La Rochelle. La ministre de la culture remontait le moral: "On peut avoir peur, chacun peut avoir peur, ce qui est arrivé est terrible, mais il ne faut pas baisser les bras." Précisant que "le fond d'urgence pour le spectacle vivant s'adapterait au fur et à mesure."

Les bons chiffres communiqués le 17 juillet par le Festival - 90 320 entrées payantes, 145 000 festivaliers, 11 000 000 d'¤ de retombées économiques - n'ont pas effacé le deuil et le recueillement.

Enfin, Camille Hardouin et sa voix pleine et voilée a reçu pour ses chansons aquarelles à la beauté naïve le Coup de coeur Club Francos. Tandis que le groupe Nord, lettré et fiévreux, s'imposait comme le double lauréat du Coup de Coeur Francos et du Prix Félix Leclerc. Sa chanson s'appelle: L'Amour s'en va.