Tony Gatlif: "C'est un héros. Le manouche le plus important du monde. Un vrai personnage de roman ! Il est né en Belgique, dans une roulotte, pendant le terrible hiver de 1910. Selon la légende, un jour, il tombe sur un banjo abandonné par l'un de ses 54 cousins. A 13 ans, il court déjà le cachet dans les bars de Paris. Sa réputation de jeune virtuose se répand et, en 1928, il enregistre un premier disque. La même année, sa vie bascule : sa roulotte prend feu. Il en réchappe de justesse mais son annulaire et son auriculaire resteront recroquevillés à jamais ! Sa technique et son jeu deviennent surhumains. Il mène une vie rocambolesque : il conduit sans permis sa vieille Dodge, sapé comme Gatsby le Magnifique. Il loge dans des hôtels cinq étoiles, mais retourne toujours chez les siens, à qui il donne tout son argent. Depuis vingt ans, on me demande de faire un film sur Django. Je ne peux pas : ça porterait malheur. On ne réveille pas les morts dans notre culture - je suis manouche du côté de ma mère. Django détestait les caméras. On le voit brièvement dans le film Clair de lune, de Diamant-Berger (1932), et il ne reste que de rares vidéos de lui en train de jouer. Sa famille a brûlé ses photos à sa mort. Mon spectacle Django Drom est un hommage à son génie : 16 musiciens manouches jouent en direct devant un film que j'ai tourné sur le monde tsigane. Django y apparaît, mais je ne serai pas maudit : ce n'est pas moi qui ai réalisé ces images."
