Biréli Lagrène, musicien: "Il a inventé un son, un style musical. Je ne supporte pas qu'on réduise sa musique à du "jazz manouche". Django ne jouait pas des airs traditionnels ! Il écoutait Brahms, Debussy, Ravel et du jazz. D'ailleurs, quand Django est arrivé à Paris dans les années 1930, les vieux manouches ne l'aimaient pas : ils trouvaient sa musique trop moderne. Django ne savait ni lire, ni écrire une partition, mais sa mémoire auditive était extraordinaire. Il transposait tout ce qu'il entendait à sa manière. Sa reprise de la Marseillaise, avec Stéphane Grappelli, en 1946, n'est pas orthodoxe, mais elle est époustouflante. Le disque a été longtemps interdit : c'était une profanation. Peu après, Duke Ellington l'a invité à tourner avec lui aux Etats-Unis. Django est parti en croyant qu'il allait s'installer là-bas. Il est arrivé sans guitare et on lui a immédiatement offert une Gibson. Mais, après huit mois, son rêve est parti en fumée. Il devait se produire avec le "Duke" au Carnegie Hall, à New York. En chemin, il est tombé sur son copain Marcel Cerdan. Ils ont bu des verres et il est arrivé avec deux heures de retard. Le lendemain, les critiques américains se sont déchaînés. On ne plante pas Duke Ellington ! Il est rentré en France très déçu, mais il a rebondi. Il a fait ses plus beaux disques de 1949 à sa mort, en passant à la guitare électrique. Diminishing Blackness me fait pleurer. C'est un morceau harmoniquement tordu, avec des envols et des mélodies célestes."
