Dans quel état d'esprit avez-vous entrepris ce neuvième album ?

J'avais envie de quelque chose de simple. Après avoir collaboré avec Baptiste Trotignon [Ils ont partagé la même scène en 2011 au Printemps de Bourges], je me suis rendu compte que le ton et le fond devaient être plus cohérents. Ce n'était peut-être pas toujours le cas, ou pas assez. On a tellement peur de sa voix. Quand on se retrouve à poil avec un piano, on découvre ce que l'on a voulu masquer avec les guitares électriques, avec la batterie. J'avais l'impression de ne pas fouiller assez. Et mon métier, c'est pourtant ça. Ensuite, quand il a été question de la réalisation du disque avec Albin de la Simone et Jean-Baptiste Brunhes, les recevoir à la maison, travailler à trois chez moi, pour quelqu'un de timide et pas super sûr, cela m'a amené de la sérénité. D'autant que les chansons étaient déjà composées. Tout était écrit, j'ai pris mon boulot au sérieux. J'ai eu le temps d'intellectualiser avant de m'y coller.

Eclairez-nous sur le titre, Ici-bas, ici même.

C'est une déclaration un peu unique de quelqu'un d'athée, une chanson religieuse qui ne croit pas en la religion. J'ai fait l'école catholique, ça marque. Mais je n'ai aucun regret. Pour ce disque, je trouvais intéressant de me frotter à la chanson à texte, de moins utiliser le "je" que j'employais jusqu'ici d'une façon honnête, pour évoquer les sentiments que l'on a tous en commun et poser des questions sans avoir peur d'être ridicule. Sans être dans la posture du petit chanteur malheureux qui raconte ses tourments. Je ne sais pas si j'ai réussi à ne pas être complaisant. En prenant le "on", le "nous", il y a aussi le risque du parler communiste. Mais avec le "je", je n'aurais peut-être pas eu grand-chose à raconter. Et le danger avec le boulot de chanteur c'est de se répéter et de devenir fatigant

Vous avez démarré en 1994. Vous fêtez donc vos 20 ans de chanson.

Ouf!... Faut-il en rire?... Ce n'est pas de la fausse modestie. Je me disais, c'est encore pire après 50 ou 60 ans! Mais c'est chouette de se rendre compte que Boire a marqué les gens. Pendant qu'on l'enregistrait, le groupe dEUS était dans le studio à côté. Les deux disques sont sortis en même temps, moi, je trouvais que celui de dEUS était plus intéressant, plus étonnant, plus hardi. Alors, la façon dont Boire a été reçu, ce succès, je n'ai pas bien palpé, et peut-être tant mieux. A l'époque, je n'avais pas d'appart', je n'avais rien du tout, j'étais content de faire des concerts, ouh la, assez sauvages. Je suis content que tout cela soit resté convenable, on ne remplit toujours pas de Zénith, cela ne s'est jamais transformé en une machine horrible, je n'aurais pas pu.

Il y a quelques années, à la question "Si vous étiez un autre chanteur?", vous répondiez: "Bashung".

La statue du commandeur... C'était plus facile quand il était là... On n'attendra plus le prochain Bashung. Aujourd'hui, je ne ferais pas la même réponse. Le sillon qu'Alain a creusé, il ne faut pas y mettre sa roue. Je choisirais un chanteur plus gai.

Avant de chanter, vous avez travaillé dans une librairie, dans la pub, été journaliste localier. Rêviez-vous d'un tel parcours?

Gamin, j'étais fasciné par les écrivains américains qui enchaînaient les boulots. Cela m'a donné un manuel de savoir-vivre que j'ai l'impression d'appliquer... Episode 5: "20 ans de carrière". Episode 7: "On va presque mourir"...

Vous n'avez pourtant pas suivi leur trace et écrit un livre?

Ecrire un roman, c'est chercher la respectabilité, la médaille, ce "il est "capable de"... J'aime bien me cantonner dans mon petit périmètre de 3 minutes 20. J'ai envie de me perfectionner dans ce petit espace.

Par contre, vous faites l'acteur?

En toute innocence, sans me faire de mal. On me propose des rôles de tueur de pays de l'Est ou de garde du corps, pas franchement sympathiques ni bavards. Et je vais jouer un curé dans Fleur de tonnerre, de Gustave Kerven avec Soko, Yolande Moreau et Albert Dupontel

Un mot sur 20 ans que vous avez écrit pour Johnny et qui a remporté la Victoire de la chanson de l'année?

Cela été une jubilation. Moi, je n'en aurai jamais.