Engager la conversation avec Cat Power, c'est entamer une randonnée sans boussole dans une géographie psychologique instable. L'Américaine de 46 ans embarque son interlocuteur dans son intimité, revient sur les pas de son enfance, passe de l'anxiété à une excitation de petite fille. Allongée sur le sol de sa chambre d'hôtel, Charlyn Marie "Chan" Marshall, de son vrai nom, évoque son passé alcoolique, les funérailles d'une amie, son appartement à Miami, la naissance de son fils, ses bains de mer qui lui permettent de décharger les ondes accumulées dans les avions... L'interview a des allures d'errance, de vagabondage, comme un écho au titre de son dixième album, Wanderer.
Aussi dépouillé que le précédent, Sun, était riche en texture, l'opus marque le retour de l'artiste à une ligne aride qui porte sa signature. "Mon ancien label [Matador] voulait un disque avec des tubes. J'ai travaillé dur. Sun a été classé dans le top 10 américain. Mais le jour de la sortie, j'étais en soins intensifs. Mon système lymphatique était en train de me tuer à cause du stress. Cette fois, je me suis assurée que cela se passerait autrement. Je voulais protéger ma santé, mon enfant et mon travail." Au piano ou à la guitare, Cat Power griffe des ballades folk et soul intemporelles, dans la lignée de ses classiques Moon Pix ou The Greatest. Elle sublime les relations émotionnelles compliquées avec sa famille (Horizon), reprend Rihanna (Stay), délivre un manifeste féministe (Woman) en duo avec Lana del Rey, complice de tournée. Elle chante comme s'il n'y avait que trois amis dans la pièce. "Je marche à l'instinct, à l'improvisation. Je laisse les chansons arriver et je continue à avancer." Sur sa corde raide, la funambule tient bon.
Wanderer (Domino). Le 25 octobre au Trianon, Paris (XVIIIe).
